Coulisses naturelles : comprendre les corridors écologiques entre les communes d’Hénin-Carvin

19/01/2026

Corridor écologique : définition et enjeux dans les Hauts-de-France

Un corridor écologique est une continuité paysagère permettant la circulation des espèces entre différents espaces naturels. Ces axes de déplacement sont essentiels pour assurer la diversité génétique, l’alimentation et la reproduction de la faune et de la flore. Dans un territoire urbain et morcelé comme la communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin (CAHC), leurs enjeux sont pluriels :

  • Favoriser la résilience de la biodiversité locale (source : Trame verte et bleue, OFB)
  • Réduire les effets de l’isolement des populations animales et végétales
  • Faciliter les migrations saisonnières (oiseaux, amphibiens, insectes pollinisateurs, etc.)
  • Adapter les milieux naturels aux évolutions climatiques rapides

Dans la région, la législation sur la Trame verte et bleue (TVB) structure les politiques d’aménagement depuis 2010, avec l’objectif de relier 2 500 km de corridors prioritaires à l’échelle du Nord–Pas-de-Calais (source : DREAL Hauts-de-France, 2022).

Du terrain à la carte : quels types de sites font office de corridors ?

Le territoire d’Hénin-Carvin est le fruit d'une histoire industrielle et agricole, d’où une mosaïque de milieux naturels et semi-naturels. Plusieurs grandes catégories de sites jouent ici un rôle crucial :

  • Réseau hydrographique : la Deûle, la Souchez, la Scarpe, et les multiples fossés et mares rurales connectent étangs, zones alluviales et prairies humides.
  • Anciennes voies ferrées, friches industrielles et terrils : ces espaces en reconquête écologique se révèlent être des autoroutes à biodiversité.
  • Haies bocagères, alignements d’arbres et lisières de bois : ils forment des bandes tampons, évitant la fragmentation, tout en servant d’abris pour de nombreuses espèces terrestres.
  • Espaces agricoles : les prairies pâturées extensives et les bandes enherbées servent de relais ; en 2021, 28% du corridor écologique régional était constitué de surfaces agricoles (source : Agence de l’Eau Artois-Picardie).

Le croisement de ces milieux tisse une toile continue où chaque petit maillon a son importance.

Cartographie locale : sites et axes clefs du corridor entre les communes d’Hénin-Carvin

  • Les terrils : Terril du Bois de l’Offlarde (Hénin-Beaumont), Terril de Pinchonvalles (Ostricourt/Courrières), Terril Ste Henriette (Dourges), Terril d’Évin-Malmaison — autant de reliefs emblématiques qui hébergent orchidées sauvages, insectes rares et rapaces. Ces sites relient la faune forestière, steppique et pionnière.
  • Le canal de la Deûle : axe aquatique, mais aussi terrestre avec ses ripisylves, reliant Hénin-Beaumont, Courrières et Dourges, véritable colonne vertébrale de la circulation des amphibiens et des mammifères semi-aquatiques comme la loutre et l’écureuil roux.
  • Bois de Florimond et bois de l’Abbaye : ces massifs boisés sur la limite entre Hénin-Beaumont, Rouvroy et Dourges sont à la fois refuges et ponts verts pour les cervidés et les petits carnivores (belette, martre).
  • Mares de Beaumont, Marais Saint-Frères : plus de 800 mares recensées autour de la CAHC (source : Atlas de la biodiversité Intercommunal, 2023), véritables haltes pour grenouilles, libellules, tritons — dont le triton crêté, espèce protégée.
  • Friches urbaines et prairies en reconversion : entre Carvin, Courrières et Oignies, certaines emprises laissées à la nature relient des cœurs de biodiversité jadis isolés. Exemple : la friche Dhenin à Oignies, corridor précieux pour le lézard vivipare et l’alouette des champs.
  • La trame agricole nord-sud : les parties sud du territoire, jusqu’à Leforest ou Montigny-en-Gohelle, sont traversées d’anciennes haies et bandes boisées servant de passage pour les chauves-souris et les hérissons.

Une étude menée par l’association EDEN62 relève que 72% des observations de faune migratrice entre Ostricourt et Dourges suivent ces axes, preuve de leur rôle fonctionnel. (Source : EDEN62, Rapport corridor écologique CAHC, 2022)

Écosystème en mouvement : espèces concernées et flux écologiques

Les corridors ne bénéficient pas seulement à des grandes espèces emblématiques. Ils forment l’épine dorsale des processus écologiques sur le territoire, depuis les déplacements saisonniers jusqu’à la dispersion génétique.

  • Oiseaux migrateurs : Bergeronnette grise, pipit farlouse, busard Saint-Martin. Leur passage coïncide avec la floraison des prairies du terril de Pinchonvalles.
  • Mammifères : Le renard, sans doute l’animal le plus observé en lisière d’urbanité, mais aussi le blaireau, le lièvre d’Europe, et quelques populations relictuelles de chevreuil.
  • Chauves-souris : 6 espèces différentes détectées lors des écoutes nocturnes sur le corridor Pinchonvalles-Bois de Florimond, dont la pipistrelle commune et la noctule.
  • Amphibiens : Le triton crêté et la rainette arboricole transitent chaque printemps des zones humides de Oignies vers les fossés agricoles de Noyelles-Godault.
  • Pollinisateurs : La Zygène de la filipendule, papillon classé vulnérable par l’UICN, fréquente les jachères fleuries et les lisières de terrils.
Espèce Corridor privilégié Période de migration/déplacement
Renard roux Terrils et haies entre Dourges et Hénin Année entière, pics en automne
Triton crêté Mares, fossés humides Printemps
Pipit farlouse Prairies, terrils Migration post-nuptiale (août-septembre)
Pipistrelle commune Boisements, alignements d’arbres Printemps-automne (nourrissage, reproduction)

Quels défis pour la continuité écologique ? Menaces et dynamiques en cours

  • Artificialisation des sols : 12% des corridors écologiques existants sont aujourd’hui menacés ou dégradés par l’urbanisation croissante du secteur (source : Schéma régional de cohérence écologique, 2023).
  • Pollution lumineuse : entrave majeure pour les chauves-souris et invertébrés nocturnes, notamment aux abords des axes routiers traversant des corridors.
  • Barrières routières et ferroviaires : 68% des axes recensés souffrent d’intersections avec routes départementales ou nationales, nécessitant la mise en place de passages à faune (source : Cerema, 2023).
  • Pressions agricoles et déclin des haies : Entre 2010 et 2020, la densité de haies a chuté de 8% autour de Leforest et Courcelles-lès-Lens (source : Agreste Hauts-de-France).

Pourtant, des signaux encourageants émergent. Les chantiers de plantation de haies, le repeuplement de mares ou la réhabilitation de chemins ruraux, inscrits dans le Plan Biodiversité CAHC, montrent que la mobilisation locale est bien réelle.

Expériences inspirantes et mobilisation citoyenne

La protection et la restauration des corridors ne relèvent plus de l’affaire exclusive des professionnels de l’environnement. Les initiatives citoyennes donnent de l’élan :

  • Projet participatif de “sentinelles de mares” piloté par EDEN62 : 450 mares suivies et restaurées grâce à l’implication d’écoles, élus et habitants depuis 2017.
  • Mobilisation pour le “territoire 0 artificialisation nette” (ZAN) dans cinq communes riveraines de la Deûle.
  • Inventaires collectifs lors des Nuits de la Chouette ou des opérations “Comptage Hérisson”.
  • Appui technique du Conservatoire d’espaces naturels Hauts-de-France pour la restauration des terrils et la mise en réseau de prairies humides.

Des élus, appuyés par des scientifiques locaux, portent l’idée de corridors “multi-fonctionnels” : véritables équipements écologiques, ces sites sont aussi support de loisirs doux (sentiers nature, balisages, découverte pédagogique).

Pistes d’avenir et vigilance collective

Maintenir et restaurer la continuité écologique entre les communes d’Hénin-Carvin, c’est bien plus qu’un enjeu local : c’est un levier majeur pour la biodiversité, l’adaptation au changement climatique et le lien social. Les corridors qui traversent villes, champs et friches portent la mémoire du territoire tout en dessinant les chemins du futur.

Pour préserver ces précieux passages, restons attentifs aux projets d’urbanisme, encourageons la replantation de haies, multiplions les inventaires naturalistes et continuons à transmettre la connaissance de ces lieux. La carte des corridors, tissée d’initiatives locales et d’ambitions collectives, n’est jamais figée : elle évolue, s’affine, se densifie à mesure que nous, habitants, décidons d’ouvrir la voie à la nature marchant à nos côtés.

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