Installer un nichoir à mésanges : orientation, hauteur et période de pose
Les mésanges recherchent des cavités pour nicher, mais les arbres âgés présentant des trous naturels ne sont pas présents partout. Un nichoir peut donc compl...
29/03/2026
En arpentant Hénin-Carvin et ses environs, difficile de ne pas remarquer ces “trous” entre les lotissements, terrains vagues, anciens sites ferroviaires ou friches industrielles. Longtemps perçues comme “à reconquérir” ou stigmatisées, ces terres temporairement laissées aux forces naturelles remplissent aujourd’hui une fonction clé pour nos continuités écologiques locales.
Ces friches – qu’elles soient urbaines, industrielles ou agricoles – sont certes parfois synonymes d’abandon. Mais en écologie, elles sont régulièrement décrites comme des réservoirs de biodiversité et surtout, de précieux corridors écologiques. Leur diversité de milieux, souvent issue d’une histoire mouvementée (terrils, jardins ouvriers laissés à l’état sauvage, anciennes voies ferrées), offre des ressources inattendues à la faune et à la flore.
Le concept de continuité écologique – central dans la “Trame verte et bleue” instaurée par le Grenelle de l’Environnement (2007) – repose sur l’idée que faune et flore ont besoin de circuler pour survivre et se reproduire. Cette trame désigne l’ensemble des corridors qui permettent aux espèces de se déplacer malgré la fragmentation des paysages par l’urbanisation, les routes ou les cultures intensives (OFB).
En France, près de 80 %** du territoire présente une trame fragmentée**, freinant la mobilité d’espèces comme le hérisson, la grenouille rieuse ou certains papillons, d’après l’Observatoire National de la Biodiversité. Dans les Hauts-de-France, la densité urbaine renforce ce morcellement, d’où l’importance majeure des passages “spontanés” que sont les friches (Observatoire Biodiversité Hauts-de-France).
Les friches cumulent plusieurs particularités écologiques souvent introuvables ailleurs :
Sous nos latitudes, certains oiseaux comme la linotte mélodieuse ou le bruant zizi nichent volontiers dans les buissons de friches. Des papillons “spécialistes” comme le cuivré des marais (Lycaena dispar), aujourd’hui menacé, trouvent refuge dans ces espaces laissés en jachère. Des espèces remarquées localement autour d’Hénin-Beaumont sur les terrils : l’orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis) ou l’hélianthème (Helianthemum nummularium), très rares dans la plaine.
Une étude menée à Lille sur les friches ferroviaires a révélé la présence de 104 espèces végétales natives sur seulement 3 hectares, dont 13 protégées ou remarquables – un record local comparé à certains parcs publics. (Ministère de l'Écologie)
Dans l’archipel urbain de la région, les friches jouent aujourd’hui un rôle “d’escale-relais” fondamental pour la circulation d’espèces sensibles à la fragmentation du territoire. Pour exemple :
Un exemple régional : entre Hénin-Carvin et Noyelles-sous-Lens, la succession de friches issues des anciens sites miniers constitue un corridor pour l’écureuil roux et la belette, observés lors d’un suivi du Groupe Ornithologique et Naturaliste du Nord-Pas-de-Calais (GON). Ces espaces constituent aussi une “zone tampon” précieuse contre la pollution urbaine.
Les friches, trop souvent considérées comme “problème” par les gestionnaires du foncier, se révèlent d’excellents laboratoires de renaturation spontanée. Voici ce qui se joue dans ces espaces :
Une enquête de l’Agence européenne pour l’environnement relève que sauvegarder et intégrer les friches dans les politiques urbaines permettrait à l’Europe d’atteindre jusqu’à 10 % d’aires vertes supplémentaires sans artificialisation (EEA).
Comment préserver les bénéfices écologiques des friches, sans figer ni banaliser ces milieux ? Plusieurs défis et pistes d’actions émergent pour nos territoires :
| Enjeu | Astuces ou solutions locales |
|---|---|
| Prise en compte dans les plans locaux | Intégrer les friches dans les cartographies Trame verte & bleue (voir PLUi Hénin-Carvin 2019) |
| Gestion différenciée | Entretenir par rotation, laisser des zones non tondues, éviter la mise à nu des sols |
| Médiation auprès des habitants | Informer sur la faune/flore présente, valoriser les inventaires participatifs |
| Concertation lors des projets immobiliers | Favoriser la création de passages écologiques lors de l’aménagement de zones voisines |
| Surveillance et suivi scientifique | Réaliser des suivis faune/flore, encourager les projets de science citoyenne |
Plusieurs villes du Nord, dont Lille et Loos, ont expérimenté l’animation de “friches pédagogiques”, où scolaires et habitants participent à des inventaires nature et explorent ces milieux. Un outil efficace de changement de regard, et de mobilisation locale pour la préservation.
Les territoires comme Hénin-Carvin possèdent un véritable gisement de biodiversité là où l’on ne s’y attend pas : sur les anciennes voies SNCF, dans les dent creuses au coin de la cité, ou sur les pelouses abandonnées en bord de zone commerciale. Les friches sont les passages discrets mais essentiels de la trame du vivant. Elles illustrent la capacité de la nature à inventer de nouveaux “chemins” face aux défis humains, tout en offrant des ressources pédagogiques formidables pour réconcilier habitants et environnement.
Laisser une place à ces espaces dans la ville et les champs, c’est garantir la continuité du vivant… et retrouver, au coin de la rue, la part sauvage de notre territoire.