Des solutions techniques qui changent la donne
Certains aménagements récents témoignent de la créativité des urbanistes et naturalistes pour reconnecter les habitats. Tour d’horizon des solutions qui s’installent, parfois en toute discrétion, dans nos paysages quotidiens.
Révéler le « vivant » sous les pieds : trottoirs verts et voiries perméables
L’imperméabilisation des sols urbains engendre des ruptures souvent fatales aux continuités écologiques : la suppression des micro-habitats, la pollution des eaux d’écoulement ou l’effet « coupure sèche » pour le déplacement de plusieurs groupes d’espèces. Depuis 2017, de plus en plus de villes optent pour des revêtements poreux (mélange de graviers, liants naturels, dalles engazonnées).
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À Arras, 1 200 m2 de trottoirs végétalisés ont permis de maintenir plus de 25 espèces pionnières lors de la rénovation d’un quartier résidentiel (source : CAUE Pas-de-Calais).
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À Paris, le dispositif « Des arbres dans les rues » (2019-2023) engage la plantation de 170 000 arbres, en intégrant à la fois fossés drainants, noues paysagères et surfaces d’accueil pour pollinisateurs (source : Paris.fr).
Ponts, tunnels et « écoducs » : passerelles pour la grande faune… et les plus petits
Les infrastructures routières et ferroviaires restent l’un des principaux obstacles à la circulation des espèces animales (plus de 52 % des mortalités de hérissons sont liés à la traversée des voies, source : Vigie-Hérisson, Muséum national d’Histoire naturelle, 2021). Pour pallier cela, toute une palette d’outils voient le jour :
- Buses fauniques (petits tunnels souterrains pour les amphibiens, musaraignes, etc.)
- Écoducs végétalisés (ponts écologiques pour cerfs, chevreuils mais aussi crapauds et reptiles)
- Passes pour poissons (installation sur les barrages ou seuils ileux, favorisant le déplacement des salmonidés notamment sur la Scarpe et la Lys)
Dans la commune de Sallaumines, le projet pilote « Hérisson, va où tu veux ! » a permis la création de trous d’accès dans les murs des jardins, associés à de petits tunnels sous les voiries, pour favoriser les déplacements de ces animaux nocturnes en liaison avec la trame verte locale (source : Asso LPO Pas-de-Calais, 2022).
Trames noires et roulements doux : redéfinir la nuit et la mobilité en ville
Le sujet des continuités naturelles ne s’arrête pas au sol : la lumière est devenue une nouvelle frontière. Les trames noires, réseaux d’espaces préservés de l’éclairage, se développent afin de redonner à la nuit sa fonction écologique : pollinisateurs nocturnes, chauves-souris, oiseaux migrateurs sont sensibles à la lumière artificielle (source : Museum national d’Histoire naturelle, 2020).
- À Hénin-Beaumont, la mise en place de couloirs d’extinction lumineuse temporaires a réduit de 40 % la mortalité d’insectes recensés, et augmenté la fréquentation par les chauves-souris sur certaines voies (source : Conservatoire d’espaces naturels Hauts-de-France).
- Des pistes cyclables ombragées (boulonnais, Douaisis) jumelées à la trame verte, servent de corridor à la fois pour la mobilité douce et la faune endémique, offrant un compromis entre usage humain et vivant local.