Préserver la biodiversité des terrils : mode d’emploi pour une balade respectueuse

06/04/2026

Les terrils : petits monts, grandes richesses écologiques

À première vue, les terrils du bassin minier d’Hénin-Carvin évoquent surtout l’aventure industrielle, les silhouettes noires dessinant l’horizon. Mais ces anciens résidus miniers sont devenus des refuges pour une biodiversité remarquable. Aujourd’hui, ils abritent une mosaïque de milieux naturels où s’épanouissent orchidées rares, oiseaux migrateurs, reptiles, papillons, et même, parfois, renards et chevreuils (Source : Parc naturel régional de la Haute-Deûle, 2022).

À Hénin-Carvin et ses environs, près de 25 terrils sont recensés. Certains, comme le terril d’Hénin-Beaumont, sont accessibles au public. D'autres sont protégés en raison de la valeur exceptionnelle de leur flore et faune. Beaucoup ignorent que 40 % des espèces végétales patrimoniales du Pas-de-Calais ont été observées sur ces sites (Source : inventaire botanique de la CDC du Bassin minier, 2020).

Mais cet équilibre reste fragile. L’augmentation de la fréquentation – plus de 160 000 visiteurs annuels sur les terrils majeurs du bassin minier selon l’Office de Tourisme Lens-Liévin, 2023 – impose, à chacun, quelques ajustements comportementaux pour ne pas déranger les espèces installées là depuis parfois plusieurs décennies.

Comprendre les impacts de la visite humaine sur la biodiversité

Des espèces protégées et des milieux sensibles

Les terrils hébergent jusqu’à 270 espèces floristiques, dont une vingtaine protégées régionalement ou nationalement. Certaines, comme l’orchidée pyramidale (Anacamptis pyramidalis) ou la spiranthe d’automne (Spiranthes spiralis), ne se rencontrent que dans des habitats très spécifiques, fragilisés par le piétinement ou la cueillette.

  • Faune remarquable : papillon azuré, rougequeue noir, lézard des murailles, crapaud calamite, muscardin. Plusieurs de ces espèces sont sensibles aux dérangements, surtout en période de reproduction.
  • Flore délicate : pelouses sèches à orchidées, mousses pionnières, digitales pourpres, groseilliers sauvages. Le tassage du sol peut suffire à stopper le développement d'une plante sur une année entière.

Une étude menée par le CNRS (2021) a montré que les passages répétés sur les milieux ouverts des terrils réduisaient la diversité des plantes jusqu’à 35 % en moins sur les secteurs fréquentés, en comparaison avec des zones non piétinées. Les oiseaux, particulièrement au printemps, désertent les zones trop bruyantes ou dépourvues de cachettes végétales.

Bonnes pratiques pour explorer sans perturber

1. Respecter les itinéraires balisés

  • Privilégier les sentiers officiels : ils sont conçus pour éviter les habitats les plus sensibles.
  • Éviter les passages à travers les fourrés, les prairies à orchidées ou les talus où nichent oiseaux et petits mammifères.
  • Suivre la signalétique de terrain (poteaux, balises de couleur) et les conseils affichés en entrée de site.

2. Adapter son comportement selon la saison

  • Avril à juillet : période de reproduction de la faune. Rester silencieux, éviter les regroupements massifs, ne pas installer de draps ou tapis pour pique-niquer sur des espaces ouverts.
  • Fin d'été et automne : respecter la quiétude des micromammifères et continuer à limiter le piétinement, le sol restant vulnérable.

3. Ne rien cueillir, ne rien prélever

Bon nombre des espèces végétales visibles sur les terrils y poussent rarement ailleurs et sont protégées. Même les plantes "communes", cueillies en trop grand nombre, peuvent disparaître localement.

  • Photographier plutôt que cueillir. Utiliser une application (par exemple PlantNet) pour identifier les plantes sans les déraciner.
  • Ne jamais prélever des minéraux ou des sols, essentiels pour la régénération des pelouses pionnières.

4. Garder ses déchets et limiter son empreinte

  • Emporter systématiquement ses déchets, mais aussi ses mégots : un seul mégot met jusqu'à 15 ans à se dégrader et peut polluer 500 litres d'eau (Source : ADEME).
  • Préférer des gourdes et des emballages réutilisables.
  • Ramener ses déchets verts si on cueille des fruits dans les espaces autorisés (ex : mûres sur les chemins périphériques, sans arracher les ronces).

5. Limiter la présence des animaux domestiques

  • Tenir les chiens en laisse, surtout du printemps à l’été, lorsqu’il existe un risque de déranger la nidification.
  • Ramasser les déjections, qui modifient la composition floristique et la fertilité du sol.
  • Ne pas permettre aux chiens de fouiller les fourrés ou les zones de pierres, refuges de reptiles et d'amphibiens.

6. Limiter la pollution sonore et lumineuse

  • Éviter la musique en plein air, les fêtes improvisées, les appels sonores (sifflets, cris, musique amplifiée).
  • Limiter l’utilisation des lampes frontales ou de téléphone la nuit ; beaucoup d’espèces (chauves-souris, chouettes, insectes nocturnes) en dépendent.

7. Encadrer la pratique sportive et de loisirs

  • Pratiquer le VTT, la course ou l’escalade uniquement dans les zones prévues ; certains sentiers sont conçus pour absorber le passage sans endommager le sol.
  • Ne pas organiser de grandes manifestations sans l’accord des gestionnaires et sans étude d’impact préalable.
  • La pratique du bivouac est strictement interdite sur la plupart des terrils en raison du risque d’incendie.

Focus sur la cohabitation : gestion, usages et implication citoyenne

La gestion multi-acteurs, clé de la préservation

Ces dernières années, l'implication conjointe d’associations naturalistes (comme Eden62, Nature&Vie), de collectivités et de citoyens bénévoles a permis la restauration de micro-milieux : mare temporaire pour l’élevage du crapaud calamite, fauche tardive des pelouses à orchidées, création de corridors écologiques.

  • 30 hectares de terrils ont été intégralement réhabilités pour la conservation entre 2017 et 2022 dans l’ex-bassin minier (Source : Eden62, bilan annuel 2022).
  • Des suivis réguliers y sont organisés pour mesurer l’impact de la fréquentation.

Sensibilisation et pédagogie : le rôle clé des promeneurs

Les sorties guidées « nature » organisées par les associations et les collectivités drainent chaque année 3 500 visiteurs à Hénin-Carvin. Le bouche-à-oreille et les relais citoyens sont essentiels : chaque promeneur informé devient ambassadeur de la biodiversité.

  • Faire découvrir des espèces étonnantes, comme le triton crêté, permet de donner du sens aux règles de protection.
  • Adhérer à une sortie guidée permet d’éviter les erreurs classiques et de voir la nature autrement.

Anecdotes et observations : la vie cachée des terrils

Au début du printemps, observer la parade du lézard des murailles sur des pierres rechauffées par le soleil est un spectacle unique. En juillet, c’est le ballet discret des papillons zygènes, attirés par les fleurs violettes de l’épiaire, qui surprend. Quelques passionnés ont récemment signalé la présence d’un couple de faucons crécerelles nichant au sommet d’un terril, preuve qu’un équilibre peut s’instaurer si la discrétion est de mise (Source : rendu d’observations du Groupe Ornithologique et Naturaliste du Nord – Pas-de-Calais, 2023).

Vers une découverte partagée et durable

S’immerger dans les terrils, c’est s’offrir un autre regard sur la nature locale, entre paysages lunaires et mosaïques de vie. Pour que ce patrimoine reste un refuge pour le vivant, chaque visite doit s’accompagner d’une attention particulière aux gestes, tant individuels que collectifs.

  • Préparer sa visite en se renseignant sur la cartographie des sentiers ouverts et la réglementation locale (Communauté d’Agglomération Hénin-Carvin : cartes accessibles sur leur site officiel).
  • Prendre part à des actions citoyennes (ramassage de déchets, inventaires participatifs, sorties découverte).
  • Transmettre, autour de soi, les bonnes pratiques glanées sur le terrain ou lors d’échanges avec des naturalistes.

Mieux comprendre, c’est déjà mieux protéger. Découvrir les terrils d’Hénin-Carvin autrement, c’est aussi apprendre à être, tout simplement, un hôte discret du paysage, laissant derrière soi une trace légère, respectueuse et porteuse d’avenir.

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