Terrils vivants : les trésors insoupçonnés de la biodiversité à Hénin-Carvin

17/03/2026

Des paysages façonnés par l’homme, des refuges pour la vie

Étranges montagnes sombres dressées au cœur du bassin minier, les terrils d’Hénin-Carvin racontent une histoire industrielle, humaine, mais aussi écologique. Là où le charbon fut extrait au prix d’un travail acharné, la nature réinvestit aujourd’hui ces reliefs artificiels, révélant des écosystèmes d’une richesse inattendue.

Avec une vingtaine de terrils recensés sur le territoire d’Hénin-Carvin, lesquels abritent aujourd’hui une faune et une flore remarquables ? À l’appui de données d’inventaires naturalistes (Conservatoire d’espaces naturels des Hauts-de-France, Parc naturel régional de la Scarpe-Escaut, études INPN), découvrons comment ces paysages, jadis synonymes de pollution et de stérilité, se sont mués en véritables havres de biodiversité.

Comprendre le potentiel écologique des terrils

  • Origines et composition : formés majoritairement de schistes et de résidus de houille, les terrils sont initialement pauvres en nutriments, instables et exposés au soleil. Cette rudesse favorise l’installation d’espèces pionnières (lichens, mousses) puis la colonisation progressive par des pièces maîtresses de la biodiversité locale.
  • Effet “îlots” : isolés dans un paysage urbanisé, les terrils peuvent jouer un rôle-clé de refuge et de corridor écologique.
  • Stades de reconquête : chaque terril développe une mosaïque d’habitats, du dénudé minéral aux forêts spontanées, selon son âge et sa gestion (source : CEN Hauts-de-France, Parc naturel régional de la Scarpe-Escaut).

Top 5 des terrils les plus remarquables d’Hénin-Carvin

Voici les terrils du territoire qui se distinguent par leur faune et/ou leur flore, d’après les données régionales les plus récentes et confirmées sur le terrain.

1. Terrils 110 et 110A d’Hénin-Beaumont

  • Surface : près de 56 hectares au total
  • Statut : inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2012 ; classés “Espaces Naturels Sensibles” par le Département.
  • Flore remarquable : présence d’orchidées sauvages (notamment l’Orchis pyramidal Anacamptis pyramidalis), œillet prolifère (Dianthus armeria), et de l’Armoise champêtre (Artemisia campestris). Ces espèces témoignent d’une dynamique proche du calcaire sec, tout à fait inhabituelle dans les plaines humides du Nord.
  • Faune emblématique : observations régulières du Bruant zizi (Emberiza cirlus), du Lézard des murailles (Podarcis muralis, espèce rare au nord de la France), et d’une vingtaine d’espèces de papillons, dont la Mélitée du plantain (Melitaea cinxia).
  • À retenir : Ces terrils concentrent près de 12 % des espèces floristiques remarquables recensées sur toute la CAHC (source : INPN, Observatoire Biodiversité du 62).

2. Terril Saint-Henriette à Billy-Montigny

  • Particularité : point culminant du territoire, avec ses 121 mètres d’altitude.
  • Flore : pelouses sèches, landes juliennes, résineux pionniers alternent avec des bouquets de bouleaux et d’aubépines, supportant notamment la Violette odorante (Viola odorata).
  • Faune : riche avifaune (bergeronnette printanière, tarier pâtre) et colonies de petits mammifères, dont la présence du campagnol amphibie, une espèce en régression dans la région.
  • Enjeux : des inventaires récents (CEN, 2022) y ont recensé 17 habitats naturels d’intérêt patrimonial. C’est également l’un des rares sites où la Coronelle lisse (Coronella austriaca) a été contactée.

3. Terril du Bois des Hautois à Oignies

  • Surface : 38 hectares pour ce site en cours de renaturation.
  • Spécificités : le terril s’élève en lisière de la forêt du même nom, formant la transition entre écosystèmes miniers et boisés naturels.
  • Flore : formation de mosaïques de landes à callune (Calluna vulgaris), tapis de mousses et présence d’arbres pionniers comme le tremble.
  • Faune : diversité exceptionnelle de coléoptères saproxyliques (plus de 60 espèces identifiées) ; grottes à chauves-souris (Pipistrelle commune, Eptesicus serotinus), sans oublier les passages de renards roux et de chevreuils.

4. Terril 205 d’Hénin-Beaumont – le terril “blanc”

  • Particularité : utilisé partiellement pour des installations techniques et de valorisation de matériaux, il possède néanmoins des pans laissés sauvages depuis plus de 30 ans.
  • Flore : inventaire de 150 plantes vasculaires, dont plusieurs mousses et lichens pionniers.
  • Faune : espace important de repos pour le traquet motteux (Oenanthe oenanthe), un migrateur surveillé à l’échelle nationale (source : LPO Hénin).

5. Terrils jumeaux 71-71A de Dourges

  • Surface : environ 70 hectares associés à des milieux humides en périphérie.
  • Flore : originalité : coexistence d’espèces humides (joncs, reines des prés) et de groupements de pelouses sèches.
  • Faune : effet “corridor” pour amphibiens (triton ponctué, grenouille agile) et papillons, plus de 35 espèces recensées lors des inventaires 2020 (source : INPN).

Des espèces protégées et un enjeu régional

Plus de 400 espèces animales et végétales ont déjà été recensées sur les principaux terrils de l’agglomération, dont une cinquantaine d’espèces protégées régionalement ou nationalement.

  • Orchidées : 5 espèces, dont l’Orchis à fleurs lâches et l’Ophrys abeille
  • Papillons : présence du Cuivré des marais (Lycaena dispar), rare dans le Nord
  • Oiseaux : des nicheurs locaux comme le Pipit des arbres et le rare Engoulevent d’Europe à l’affût sur les plateaux ouverts
  • Reptiles : Coronelle lisse, Lézard vivipare, Grenouille verte

Les mosaïques de pelouses sèches, landes, boisements pionniers, pièces d’eau et zones nues accueillent aussi de nombreux invertébrés spécialisés, dont plusieurs coléoptères saproxyliques (associés au bois mort) ou des orthoptères peu communs (Chorthippus brunneus).

Des inventaires récents du Conservatoire botanique national de Bailleul (2021-2023) confirment la présence sur 7 terrils du territoire de plantes d’intérêt patrimonial : Inule fausse-aunée, Armoise champêtre, Gesse tubéreuse…

Comment les terrils deviennent-ils des hotspots de biodiversité ?

  • Processus naturel : les successions écologiques se succèdent, des premiers lichens aux forêts pionnières, offrant une grande diversité d’habitats sur des surfaces réduites.
  • Gestion différenciée : plusieurs sites bénéficient d’actions d’entretien sélectif : coupe raisonnée, création de mares, pose de nichoirs ou maintien de clairières (programme “Bassin Minier Patrimoine Mondial”, département du Pas-de-Calais).
  • Effet microclimatique : pentes exposées, substrats chauds, zones humides ou fraîches multiplient les niches favorables.
  • Friches semi-ouvertes : refuges pour des espèces disparues des campagnes agricoles voisines où l’intensification a rogné les milieux naturels.

Le caractère “nouveau” des terrils favorise l’installation d’espèces rares ailleurs dans la région, mais en demande d’espaces ouverts (ex : Engoulevent d’Europe, certaines orchidées ou insectes thermophiles). Ces milieux, s’ils sont suivis et gérés avec discernement, deviennent de véritables réservoirs à l’échelle régionale, voire nationale pour certaines espèces.

Visites et découverte : sensibilisation sur le terrain

Les terrils d’Hénin-Carvin sont de plus en plus valorisés par des initiatives pédagogiques et naturalistes. Plusieurs balades guidées sont proposées chaque année par le Parc naturel régional de la Scarpe-Escaut, le CEN et des associations locales (Parcours Reconquête, LPO Hénin, CPIE Chaîne des Terrils). Leur objectif : permettre à chacun de s’émerveiller devant la faune et la flore exceptionnelles, et d’en comprendre les enjeux.

  • Sentiers balisés sur les terrils d’Hénin (110-110A), du Bois des Hautois et de Billy-Montigny.
  • Panneaux pédagogiques expliquant l’histoire du charbon, la reconversion et la richesse écologique.
  • Sorties thématiques : orchidées, oiseaux, insectes, avec ateliers d’observation ou chantiers participatifs d’entretien.

Plus de 2 200 visiteurs ont pris part à des sorties nature encadrées sur les terrils du territoire en 2022 (statistiques CAHC). Ce dynamisme témoigne d’un engouement local croissant pour ces espaces, longtemps ignorés ou stigmatisés.

Une dynamique de protection et d’avenir

La transformation des terrils en réserves de biodiversité n’est ni le fruit du hasard, ni un processus complètement spontané. Recherche scientifique, projets éducatifs, implication des collectivités et mobilisation citoyenne dessinent un avenir où ces anciennes “blessures” du paysage deviennent outils de résilience.

  • Inscription UNESCO : valorisation internationale du bassin minier, vecteur d’investissement et de préservation.
  • Classement “Espaces Naturels Sensibles” : assure la prise en compte des enjeux écologiques lors des travaux ou des aménagements.
  • Implication associative : chantiers de restauration et suivis (inventaires, gestion des espèces invasives) portés collectivement.

La dynamique enclenchée à Hénin-Carvin inspire bien au-delà des frontières locales. La réhabilitation écologique des terrils, fondée sur la science, la participation citoyenne et l’éducation, se révèle aujourd’hui être un modèle de transition pour d’autres anciens territoires industriels en France et en Europe (voir dossier INRAE “Friches industrielles en reconversion”, 2022).

Terrils : un patrimoine naturel d’exception à explorer et préserver

À Hénin-Carvin, les terrils sont devenus un terrain d’aventure et d’observation accessible à tous. Ils invitent à changer de regard sur le territoire, à comprendre les enjeux de la biodiversité ordinaire et à en révéler l’extraordinaire. Redécouvrir ces reliefs, c’est redonner vie à un passé minier tout en préparant l’avenir écologique du territoire : un pas de plus vers une transition réussie, où l’humain et la nature réapprennent à coexister.

Pour aller plus loin : explorer les publications du Conservatoire d’espaces naturels Hauts-de-France, les ressources du Parc naturel régional Scarpe-Escaut et les sorties proposées par la Ligue pour la Protection des Oiseaux Hénin-Carvin.

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