Explorer les rivières d’Hénin-Carvin : fil d’eau et fil de vie du territoire

24/04/2026

Aux sources du réseau hydrographique local

La communauté d'agglomération d’Hénin-Carvin compte 14 communes, réparties sur près de 113 km² entre Lens, Douai et Lille. Si aucune grande rivière n’y prend naissance, la région est traversée par plusieurs cours d’eau historiques et modernes. Sur ce territoire longtemps façonné par l’extraction minière et l’urbanisation rapide, l’eau a souvent été canalisée, détournée ou cachée. Pourtant, son empreinte, visible ou souterraine, façonne toujours la vie locale.

  • Le bassin versant du canal de la Deûle recouvre une grande partie de l’agglomération, drainant les eaux de pluie et les rejets industriels vers le nord.
  • Les anciennes rivières naturelles comme l’Écaillon ou la Souchez, aujourd’hui en partie artificialisées, marquent encore les paysages et la mémoire collective.
  • Un réseau de fossés, biefs, mares et zones humides maille discrètement les cités, parfois à peine perçu sous le béton ou dans les creux des terrils végétalisés.

Les rivières d’Hénin-Carvin ne dessinent donc pas un vaste ruban continu, mais plutôt un ensemble de bras, de noues et de rigoles, témoins d'un écosystème urbain où l’eau s’adapte, persiste ou revient malgré tout.

L’Écaillon : la rivière oubliée et retrouvée

Rivière de plaine, l’Écaillon prend sa source près de l’Artois et serpente vers l’Escaut, traversant entre autres Dourges, Drocourt et Montigny-en-Gohelle, c’est-à-dire une partie orientale de l’agglomération. Historiquement, elle faisait la richesse des prairies, moulins et villages, avant d’être partiellement busée ou canalisée à l’ère de l’industrie.

  • Longueur totale : environ 56 km entre sa source et la Scarpe, dont près de 10 km dans ou à la lisière de l’agglomération (source : Agence de l’Eau Artois-Picardie).
  • Sa présence aujourd’hui est souvent masquée par des aménagements urbains, mais plusieurs portions sont à ciel ouvert, notamment sur les communes de Dourges et Montigny-en-Gohelle, où la biodiversité reprend ses droits.
  • Les restaurations récentes (notamment dans le cadre du contrat de rivière de l’Écaillon) ont permis la réouverture de certains tronçons et l’installation de mares de décantation qui servent de refuges à la faune.

L’Écaillon, bien qu’ayant souffert de pollutions industrielles au XXᵉ siècle, connaît aujourd’hui une lente reconquête. En 2021, la Fédération de Pêche du Pas-de-Calais y a recensé plus de 23 espèces de poissons sur les secteurs restaurés, dont l’ablette, le goujon, la perche et occasionnellement l’anguille, espèce protégée (source : Fédération de Pêche 62).

Le canal de la Deûle : artère bleue du territoire

Impossible d’évoquer l’eau à Hénin-Carvin sans citer le canal de la Deûle, cet ouvrage majeur du Nord, achevé au XIXᵉ siècle pour relier la Scarpe à la Lys et favoriser le transport du charbon et des marchandises. Directement, il ne traverse pas le centre des grandes communes, mais borde l’agglomération du côté d’Harnes, Dourges et Oignies.

  • Longueur totale : près de 34 km entre Douai et Lille, dont un segment d’environ 8 km longeant la limite nord de la communauté (source : Voies Navigables de France).
  • Le canal de la Deûle permet le transit de plus de 10 000 péniches par an dans les années 2010 (chiffres VNF), mais aussi de la continuité écologique des espèces aquatiques majeures telles que le brochet ou le héron cendré.
  • Les berges aménagées comme à Harnes accueillent aujourd’hui promeneurs, pêcheurs, cyclistes. Des zones humides riveraines sont classées en Espace Naturel Sensible (ENS).

Depuis 2006, ce canal fait l’objet de campagnes de suivi de la qualité de l’eau et des pollutions (hydrocarbures, métaux lourds) liées au passé minier et industriel, menées par le Syndicat Mixte d’Aménagement de la Deûle et la MEL.

La Souchez et la Haute-Deûle : discrètes veines au nord de l’agglomération

Au nord de l’agglomération, la Souchez et la Haute-Deûle matérialisent la transition entre bassin minier et territoire agricole. Leur parcours reste souvent parallèle aux infrastructures : ligne TGV, A1, faisceaux ferroviaires.

  • La Souchez borde la commune de Noyelles-Godault et alimente le canal de la Haute-Deûle, avant d’aller irriguer le secteur marécageux d’Harnes.
  • Haute-Deûle désigne ici le tronçon initial du canal, largement rectifié, mais dont les bras morts abritent toute une vie aquatique insoupçonnée, jusqu’à la lisière de Seclin et Courrières.

Localement, ces rivières servent de refuges à la faune d’eau stagnante : anatidés, hérons, ragondins, batraciens. On y croise aussi, selon les suivis de la CDC Biodiversité Hauts-de-France, le martin-pêcheur et le triton crêté, deux espèces protégées au niveau européen.

Biefs, fossés et zones humides : le petit patrimoine aquatique

Au-delà des cours d’eau “officiels”, Hénin-Carvin se caractérise par une multitude de petits milieux aquatiques, résultant parfois de l’exploitation minière (subsidence et cratères devenus mares), de la gestion agricole (fossés de drainage), ou du remembrement urbain.

  • Entre Dourges et Oignies, bon nombre de fossés accueillent des espèces parfois rares en ville, comme la rainette verte ou le butor étoilé (Atlas de la Biodiversité Urbaine d’Hénin-Carvin, 2022).
  • Les zones humides relictuelles du parc des Îles ou des terrils du 94/5 à Harnes jouent un rôle dans l’accueil des batraciens et la régulation des crues.
  • Ces espaces servent aussi de corridors écologiques majeurs, permettant la circulation de la faune entre deux grands bassins versants.

D'après le Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) Deûle-Scarpe, ces petits réseaux secondaires représentent plus de 16 km cumulés de milieux humides à l’échelle de la communauté, dont la moitié présente une valeur “forte” pour la biodiversité malgré les pressions urbaines.

Rivières et Territoire : histoire, défis et initiatives

Si la carte hydrographique de l’agglomération semble morcelée, c’est le fruit d’une histoire humaine vigoureuse. Extraction du charbon, urbanisme rapide, industrialisation lourde du XIXᵉ au milieu du XXᵉ siècle ont souvent signé la disparition de tronçons entiers de rivières, remplacés par des busages ou des canaux.

  • Le Plan de Prévention du Risque Inondation de la CAHC identifie plus de 22 “points noirs” liés à la gestion du ruissellement et à l’artificialisation des lits majeurs (source CAHC 2022).
  • Depuis 15 ans, la renaturation des berges sur la Haute-Deûle et l’Écaillon a permis la réapparition de plantes indicatrices, comme la massette à larges feuilles et la salicaire, mais aussi le retour du papillon cuivré des marais.
  • Programmes participatifs : à l’initiative du CPIE Chaîne des Terrils et d’associations locales depuis 2020, des opérations “Clean Up River” mobilisent chaque année habitants et scolaires sur une dizaine de kilomètres, ramassant déchets et informant sur les espèces sensibles. CPIE Chaîne des Terrils

Parmi les anecdotes remarquables, il faut citer la redécouverte, en 2017, d’une population locale de musaraigne aquatique sur le bief de Montigny, espèce longtemps présumée disparue après le déclin industriel.

Patrimoine à valoriser et à protéger : pistes pour demain

Les rivières d’Hénin-Carvin sont à la fois vulnérables et prometteuses. L’enjeu maintenant est de mieux concilier développement urbain, récréation et respect de la biodiversité aquatique.

  • Des itinéraires découverte sont en projet sur les berges de la Deûle (Harnes, Dourges), alliant information sur la faune/flore et histoire industrielle.
  • Les ateliers “herbier de rives” ou “quête au fil de l’eau”, organisés avec les scolaires, valorisent ces patrimoines méconnus.
  • La gestion différenciée des berges (fauche tardive, suppression des produits phytosanitaires) s’impose progressivement dans les bonnes pratiques communales.
  • De nouveaux diagnostics d’espèces aquatiques sont programmés à l’horizon 2024-2026 dans le cadre du Contrat Local de Transition Ecologique de la CAHC.

Traverser l’agglomération d’Hénin-Carvin, c’est passer d’une rivière visible à un cours d’eau discret, mais c’est surtout traverser une mosaïque de milieux aquatiques, reflets de l’histoire et des ambitions d’un territoire en mutation. Comprendre leur rôle, leur présence, leur histoire, c’est offrir à chacun la possibilité de renouer avec le vivant, d’apprécier un patrimoine d’eau parfois banal mais toujours essentiel. Pour aller plus loin, n’hésitez pas à consulter le SAGE Deûle-Scarpe, l’Atlas de la Biodiversité Communautaire ou à arpenter les sentiers de berges avec une paire de jumelles…

Rivière / Canal Longueur sur l’agglo Espèces notables Enjeu principal
Écaillon ~10 km Anguille, truite, libellules Restauration écologique
Canal de la Deûle ~8 km Brochet, héron, ragondin Pollution/eau, continuité écologique
Souchez / Haute-Deûle ~7 km Triton crêté, martin-pêcheur Corridor biodiversité
Biefs et fossés ~16 km Rainette, papillon cuivré Mares, zones relais

En savoir plus à ce sujet :