Réconcilier aménagement du territoire et préservation des habitats naturels : des solutions concrètes

03/04/2026

Comprendre l’enjeu : pourquoi préserver les habitats naturels lors des aménagements ?

Les territoires évoluent, les besoins des habitants aussi. Chaque année, la France artificialise en moyenne 20 000 hectares de sols, soit l’équivalent d’un département tous les 10 ans (source : Eurostat, ministère de la Transition écologique). Or, derrière les mots techniques d’“artificialisation” et de “fragmentation”, ce sont des milieux vivants qui disparaissent.

La région d’Hénin-Carvin, entre friches industrielles et paysages bocagers, illustre à sa manière ce défi : chaque nouveau projet – route, habitat, lotissement, zone d’activité – peut nuire à la biodiversité si aucune précaution n’est prise. Pourtant, il existe aujourd’hui une palette d’outils pour aménager sans effacer le sauvage.

Préserver les habitats naturels, c’est maintenir les lieux de vie d’espèces parfois discrètes, parfois emblématiques : hérissons, tritons, orchidées, oiseaux migrateurs, chauves-souris... C’est aussi protéger les services que rend la nature au quotidien : purification de l’eau, stockage du carbone, pollinisation, régulation climatique et bien d’autres encore (IPBES, 2019).

Espaces naturels : des fonctions écologiques vulnérables

  • Corridors écologiques : Ils permettent aux espèces de se déplacer. En 2023, une étude de la Fédération nationale des chasseurs estimait que près de 30 % des mammifères communs sont affectés par la fragmentation des corridors en France.
  • Zônes humides : En Europe, 64 % des zones humides ont disparu depuis 1900 (source : Ramsar, 2018), alors qu’elles jouent un rôle crucial dans la filtration de l’eau et la prévention des inondations.
  • Boisements urbains et friches : Ces milieux, souvent considérés comme “intermédiaires”, abritent pourtant une biodiversité importante, y compris en zones urbaines (Inventaire national du patrimoine naturel).

Sachant cela, comment transformer l’aménagement – longtemps facteur de perte – en allié de la nature ?

Concevoir des aménagements intégrant la biodiversité : principes et bonnes pratiques

L’évitement et la réduction : les bons réflexes avant de compenser

  • Éviter : Localiser un projet hors des zones sensibles, identifier en amont les noyaux de biodiversité sur le territoire (cartographie espèces, données INPN, atlas local des habitats).
  • Réduire : Si l’évitement totale n’est pas possible, limiter l’impact par la réduction de l’empreinte au sol (hauteur des bâtiments, trame verte conservée, limitation des voiries imperméables…).
  • Compenser : Dernière étape, lors-qu’aucune autre solution n’existe, créer/reconstituer un habitat en dehors du site, en vérifiant réellement l’efficacité et la gestion sur le long terme.

De nombreuses réglementations précisent aujourd’hui cette “séquence Eviter-Réduire-Compenser”, comme le code de l’environnement (L.163-1 et suivants). Mais au-delà des textes, chaque détail compte : choix des matériaux, maintien de vieux arbres, création de mares pour faciliter la reproduction des amphibiens, etc.

Exemples d’aménagements favorables aux habitats naturels

  • Ponts à faune ou écoponts : Plus de 60 passages à faune ont été installés le long de l’A1 ou de l’A16 dans les Hauts-de-France, notamment pour permettre aux chevreuils, blaireaux et grenouilles de traverser sans danger (Sources : SANEF, Cerema).
  • Trames vertes et bleues urbaines : Hénin-Beaumont a intégré une trame verte inter-quartiers, connectant des espaces boisés et anciens terrils, permettant le passage du hérisson européen, très vulnérable à la fragmentation.
  • Murs à lézards, murets et haies : La commune de Courrières, en concertation avec le Conservatoire botanique, a restauré 1,5 km de haies champêtres, offrant nourriture et abri à de nombreux passereaux, et une meilleure connectivité.
  • Gestion différenciée des espaces verts publics : De plus en plus de villes de la CAHC suppriment la tonte régulière et remplacent les massifs « à la française » par des prairies fleuries adaptées (semences locales), favorisant les pollinisateurs sauvages.

Éviter la fragmentation : préserver les continuités écologiques

La grande menace plane souvent sur ce qu’on ne voit pas : les réseaux invisibles qui relient mares, bosquets, rivières, talus. Une zone naturelle isolée devient un “îlot” d’où la biodiversité finit par s’effacer, faute d’échanges possibles (Effet « piège écologique », CNRS 2021).

Quels sont les outils concrets ?

  1. Schémas de Cohérence Territoriale (SCoT) et Plans Locaux d’Urbanisme intercommunaux : Ils doivent intégrer la Trame verte et bleue nationale, et localiser les continuités écologiques à préserver en priorité.
  2. Inventaires citoyens : Les atlas de biodiversité communale permettent de cartographier les richesses faunistiques et floristiques, impliquant écoles et riverains. En 2023, plus de 40 % des communes du Pas-de-Calais se sont dotées d’un tel outil (source : OFB).
  3. Servitudes d’utilité publique et zones de protection : L’inscription de certains milieux (boisements, zones humides, ripisylves) limite drastiquement la constructibilité ou les travaux d’imperméabilisation.

Chaque action compte, y compris sur du “petit foncier” : l’installation de simples clôtures perméables à la faune ou le maintien d’un fossé naturel entre deux parcelles agricoles améliore les déplacements des espèces.

Des acteurs locaux engagés : témoignages et retours d’expériences

  • Réseau des mares de la Gohelle : Depuis 2010, associations, CAHC et écoles ont restauré plus de 30 mares sur le territoire, favorisant la reproduction du triton crêté et du crapaud calamite, deux espèces protégées (source : CPIE Chaîne des Terrils).
  • Gestion participative des friches sur Hénin : Sur un ancien terrain industriel, un partenariat naturalistes/habitants a permis d’identifier 243 espèces végétales sur 10 hectares, puis d’orienter l’aménagement vers une mosaïque de milieux, intégrant sentier pédagogique, butte à insectes et prairie naturelle.
  • Clubs nature et écoles primaires : À Montigny-en-Gohelle, la cour de l’école Pasteur a été “désimperméabilisée” sur plus de 850 m², avec création de zones d’ombre, nichoirs et plantations indigènes : une révélation pour élèves… et pour parents (projet CAHC/Éducation nationale).

Ces exemples concrets témoignent d’une dynamique possible, à condition d’anticiper, de consulter et de co-construire. Il s’agit bien d’une alliance : naturalistes, collectivités, habitants et élus partageant un même diagnostic, pour dessiner ensemble un paysage porteur de biodiversité.

À quels enjeux se préparer sur Hénin-Carvin et ailleurs ?

  • Pression démographique et foncière : Les chiffres de l’INSEE montrent une augmentation de 4,1 % des surfaces artificialisées en moins de 10 ans dans le bassin minier, portant atteinte à de nombreux de milieux semi-naturels.
  • Changements climatiques : D’ici 2050, la moitié des zones humides du Nord Pas-de-Calais pourraient être menacées par la sécheresse ou la montée des eaux, alors même qu’elles atténuent les épisodes de canicule ou d’inondations (source : GIEC régional Hauts-de-France).
  • Perte du lien au vivant : En 2019, l’Observatoire de la biodiversité Urbaine estimait qu’un enfant sur cinq à Hénin-Carvin s’était rendu moins de trois fois dans un espace naturel au cours de l’année. “On protège mieux ce que l’on connaît”, rappelle l’OFB. Restaurer ce lien est central dans tout aménagement futur.

Agir localement : quatre axes pour des aménagements vraiment porteurs de biodiversité

  1. Impliquer les habitants : Consultation durant la planification, ateliers cartographiques, diagnostics participatifs et temps d’animation sur site. L’expertise d’usage valorise le vécu du territoire.
  2. Penser à long terme : Intégrer la gestion future dès la conception : qui entretiendra le sentier écologique ? Qui veillera au suivi de la mare créée ? Mobiliser associations, conseils de quartiers et écoles.
  3. Mutualiser les savoirs et compétences : S’appuyer sur des réseaux locaux existants (CPIE, Conservatoires, LPO, CAHC Nature, Office français de la biodiversité) pour ne pas réinventer ce qui fonctionne.
  4. Rendre compte et communiquer : Partager des bilans accessibles, ouvrir les chantiers au public, et valoriser les richesses locales pour que chacun se sente partie prenante.

Une nature cohabitée : invitation à imaginer de nouveaux paysages

Les habitats naturels ne doivent pas être relégués au rang d’espaces résiduels ou figés – ils vivent, évoluent, deviennent sources d’innovation. De nouveaux modèles émergent : renaturation de quartiers, création de micro-forêts urbaines, parcours pédagogiques partagés, ou encore plans d’eau multi-usages.

Protéger la nature par l’aménagement n’est pas un luxe, mais bien une condition à une qualité de vie partagée. Il existe aujourd’hui des leviers solides : outils réglementaires, dynamique associative, implication citoyenne et retours d’expérience positifs. Reste à multiplier les ponts entre ces mondes, et à ancrer chaque projet dans la réalité vivante du territoire. La nature d’Hénin-Carvin, comme tant d’autres ailleurs, ne demande qu’à participer à notre quotidien – à condition qu’on lui laisse sa place.

  • Ressources supplémentaires :
    • Ministère de la Transition écologique : Éviter, réduire, compenser les impacts
    • Atlas de la biodiversité communale – Office Français pour la Biodiversité
    • Guide “Nature en ville” – Association Plante & Cité
    • Rapport IPBES 2019 sur la biodiversité mondiale

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