Les zones humides : des alliées insoupçonnées pour la gestion de l’eau et la prévention des inondations

17/02/2026

Zones humides : des paysages riches aux fonctions vitales

Dans le Pas-de-Calais, au fil des chemins et des fossés, les zones humides apparaissent tantôt comme de modestes mares, tantôt comme de vastes étendues aux herbes folles ou comme des fragments de forêts inondées. Leur présence structure en silence la vie de nos rivières et de nos territoires.

Rarement mises à l’honneur dans les récits d’urbanisation, elles sont pourtant au cœur de grands équilibres hydrologiques et écologiques. En Hénin-Carvin comme ailleurs en France, comprendre leur rôle permet de mieux appréhender comment elles préviennent un risque souvent sous-estimé : l’inondation.

Que sont les zones humides ?

Selon la définition de la Convention de Ramsar (une convention internationale signée en 1971), une zone humide est une étendue de marais, tourbière, prairie inondée, forêt alluviale ou encore étang, naturelle ou artificielle, temporaire ou permanente, où l’eau est le principal facteur déterminant le milieu et la vie animale et végétale. En France, leur identification se base sur la présence simultanée de sols hydromorphes et d’une végétation hygrophile (Ministère de la Transition écologique).

  • Superficie nationale : on estime que la France métropolitaine a perdu plus de 50% de ses zones humides depuis le début du XXe siècle (source : ONB, 2022).
  • Exemple local : la vallée de la Scarpe, à 30 minutes de Hénin-Carvin, illustre la mosaïque de milieux humides typiques du bassin minier.

Le stockage de l’eau : un “tampon” naturel contre les excès

Lors d’une averse ou d’une crue, l’eau s’écoule rapidement sur les surfaces imperméabilisées (routes, parkings, sols urbains), accentuant le risque de ruissellement. En revanche, les zones humides jouent un rôle d’éponge : elles retiennent temporairement l’eau, la répartissent progressivement vers les nappes, les rivières ou à l’atmosphère par évapotranspiration.

  • Capacité de stockage : Certaines tourbières ou prairies humides peuvent stocker jusqu’à 1 000 m³ d’eau par hectare lors d’un épisode de pluie intense (source : Zones-humides.org).
  • En milieu urbain, des études de la région Hauts-de-France montrent qu’environ 25 à 35% des volumes d’eau pluviale sont absorbés lors d’une crue majeure par les espaces humides conservés le long des axes périurbains.

La capacité de régulation dépend du type de zone humide, de sa taille, de sa végétation et de sa connexion avec le réseau hydrographique.

Lenteur, clé de la prévention des inondations

Contrairement à une idée reçue, “ralentir” l’eau favorise la sécurité. Les surfaces humides rallongent le temps de concentration des crues : l’eau arrive plus lentement aux points sensibles (villes, infrastructures), permettant des niveaux d’eau plus bas et une moindre intensité des pics de crue.

  • Étude INRAE 2021 : la suppression de 10% des zones humides d’un bassin versant peut accroître le débit de pointe d’une crue de plus de 20%.
  • Près de Saint-Omer, la création récente de 40 ha de “zones d’expansion de crue” a permis de baisser localement le niveau de l’Aa de 17 à 25 cm lors d’un épisode majeur en 2018 (source : Parc Naturel Régional des Caps et Marais d’Opale).

Filtrer, épurer : les autres vertus hydrauliques des zones humides

En plus de stocker l’eau, ces milieux agissent comme des “stations d’épuration naturelles”. Racines, mousses et sols piègent sédiments, nutriments (azote, phosphore) et plusieurs polluants, limitant leur diffusion vers les cours d’eau majeurs.

  • Dépollution: Jusqu’à 92% du nitrate contenu dans l’eau de ruissellement peut être éliminé sur moins de 100 mètres linéaires de marais (CNRS).
  • Biodiversité: 30% des espèces végétales remarquables et menacées en France vivent dans les zones humides (source : MNHN).

Une eau mieux filtrée, c’est aussi moins de risques sanitaires lors des débordements : le rôle purificateur contribue à maintenir la salubrité des ressources locales.

Zones humides et basins versants : effets d’échelle et gestion

Dans chaque bassin versant (ensemble du territoire drainé par un même réseau de rivières), la préservation des zones humides en amont a un retentissement direct sur la sécurité des villes situées plus bas.

  • Sur la Deûle, à Hénin-Carvin : la préservation des plaines alluviales contribue à contenir les crues et limite les épisodes de débordement observés plus au nord, par exemple à Courrières ou Seclin (EPAGE Deûle & Lys).
  • Planification territoriale: L’Agence de l’eau Artois-Picardie préconise depuis 2017 la restauration de 1 000 ha de zones humides pour amortir les effets du changement climatique sur les crues (Agence de l’eau Artois-Picardie).
  • Urbanisme : Les Plans de Prévention des Risques Inondation (PPRI) prévoient l’intégration obligatoire de ces milieux dans les schémas d’aménagement urbain, à la suite des inondations record de juin 2016.

Des solutions fondées sur la nature (SfN) pour accompagner la transition

La gestion actuelle privilégie de plus en plus la restauration ou la création de zones humides pour remplacer les ouvrages coûteux et parfois inefficaces (digues, bassins enterrés). Parmi les actions concrètes observées récemment dans la région :

  • Remise en eau de friches industrielles.
  • Réouverture de bras morts de rivière en périphérie urbaine.
  • Création de “mares lentes” en zone agricole pour absorber les excédents.

Selon le rapport du MEEDDM (Ministère de l’Écologie, 2021), chaque hectare restauré réduit en moyenne le coût annuel lié aux dommages d’inondation de 9 000 € à 14 000 €, tout en améliorant le cadre de vie.

Quand les zones humides disparaissent : risques et pertes chiffrées

La disparition continue de ces milieux provoque une augmentation mesurable du risque. En France, chaque année, près de 500 ha disparaissent ou se dégradent fortement (Zones-humides.org).

  • Entre 2010 et 2020, le coût direct des inondations a dépassé 1 milliard d’euros par an, en augmentation de 30% par rapport à la décennie précédente.
  • L’étude de la DREAL Hauts-de-France (2022) montre une multiplication par trois des “ruissellements catastrophiques” sur les communes urbanisées où plus de 40% des zones humides ont disparu.
  • L’indice de “résilience hydrologique” diminue lorsque la surface humide du bassin tombe sous le seuil de 5 à 7% de la superficie totale (Agence européenne pour l’environnement).

Le déplacement ou le colmatage des écoulements naturels ralentit le retour à la normale, prolonge les périodes d’inondation et expose régulièrement les populations à des épisodes plus graves.

Favoriser la résilience locale : pistes d’action à l’échelle du territoire

Certaines collectivités de l’ex-bassin minier l’ont bien compris et agissent. Les outils à leur disposition ne manquent pas, et chaque habitant peut s’y inscrire :

  • Cartographie et inventaires : Lire la cartographie des “zones N” du PLU (Plan Local d’Urbanisme) de sa commune pour connaître les milieux humides à préserver ; s’informer sur les “Atlas de Biodiversité Communale”.
  • Gestion participative : Plusieurs initiatives à Hénin-Carvin proposent des chantiers nature pour entretenir des mares, curer à la main les fossés ou restaurer les berges, éviter l’abattage des saules têtards.
  • Sensibilisation : Déambulations organisées autour de la Scarpe ou de la Souchez sont l’occasion de comprendre concrètement les changements de niveau d’eau, l’envol des oiseaux limicoles et le cycle saisonnier des mares temporaires.
  • Agriculture et usages : Encourager des pratiques labellisées “zones humides” (retour à la fauche, pâturage extensif) pour maintenir une couverture végétale et donc une meilleure infiltration.

Regarder les zones humides autrement : patrimoniales, pratiques, vitales

Les zones humides sont les sentinelles silencieuses et précieuses de nos terroirs. Elles protègent les villages, purifient l’eau, réduisent les dégâts matériels et offrent un refuge à une faune et une flore exceptionnelles. Les conséquences de leur disparition sont visibles dès l’échelle du quartier, et chaque goutte d’eau absorbée, ralentie ou filtrée par ces milieux est une goutte de risque en moins pour la collectivité.

Dans un territoire comme Hénin-Carvin, marqué par une forte imperméabilisation et une mémoire vive des inondations passées, la nature propose des solutions à la fois ancestrales et novatrices. Entre expansion urbaine et retour d’expérience, la restauration des zones humides apparaît aujourd’hui non seulement comme une urgence écologique, mais aussi comme une opportunité locale de retrouver du lien avec des paysages protecteurs.

Restaurer et valoriser ces espaces, c’est parier sur la résilience face aux aléas du climat, redonner une fonction vive à nos quartiers d’eau et tisser une culture de prévention partagée.

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