Voyage au fil de l’eau : de la Deûle au canal de Lens, mémoire vivante du territoire
Entre l’immensité des plaines humides et la silhouette des terrils, le Nord–Pas-de-Calais n’a jamais vécu loin de ses eaux. L’histoire du canal de Lens et...
04/02/2026
Marais, roselières, mares oubliées en lisière de chemin, étangs paisibles où la brume s’accroche au matin : les zones humides d’Hénin-Carvin semblent discrètes. Pourtant, elles façonnent silencieusement l’équilibre écologique de ce territoire du Pas-de-Calais, que la modernité et l’histoire industrielle ont profondément marqué. Ici, l’eau persiste entre les plis du relief minier, là où l’urbanisation semble vouloir tout modeler.
Selon l’Inventaire national des zones humides (INPN), la France a perdu plus de 60% de ses zones humides depuis le début du XXe siècle. Le bassin Artois-Picardie, où se trouve Hénin-Carvin, n’échappe pas à la tendance (Ministère de la Transition écologique). Pourtant, ces milieux valent leur pesant d’eau… et plus encore.
La loi française (art. L211-1 du Code de l’environnement) définit les zones humides comme les “terrains habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire”. Il s’agit donc d’une mosaïque allant :
À Hénin-Carvin, ce sont surtout les marais, étangs et plans d’eau des anciens sites miniers, ainsi que les ruisseaux et fossés, qui jouent ce rôle crucial.
Les zones humides agissent comme des éponges. Elles absorbent les excès d’eau lors des fortes pluies puis la relâchent lentement pendant les périodes sèches. Ce rôle est majeur dans une région où les phénomènes d’inondation, encore marquants (crue de la Deûle en 2016, épisodes de ruissellement dans le Bassin minier), sont accentués par l’artificialisation des sols.
Elles jouent aussi un rôle en période de sécheresse, libérant l’eau stockée pour soutenir les étiages des rivières locales et garantir la survie des milieux aquatiques.
Les milieux humides abritent plus de 40% de la biodiversité remarquable du territoire Hénin-Carvin. Une centaine d’espèces végétales et animales menacées y trouve refuge, d’après la base régionale de l’Observatoire de la biodiversité (CERB Nord-Pas-de-Calais).
60% des oiseaux d’eau du territoire nichent ou s’alimentent dans ces espaces (GON, Groupe Ornithologique et Naturaliste du NPdC). On y observe aussi des passages d’espèces migratrices telles que la bergeronnette printanière ou le chevalier aboyeur reliant les milieux humides du nord de la France.
Ces espaces offrent de nombreux « services écosystémiques » essentiels, autrement dit, des bénéfices tangibles pour la société :
À titre d’exemple, le Parc des Îles, ancienne friche minière en partie humide, attire chaque année plus de 100 000 visiteurs, témoignant du lien entre espace humide, valorisation paysagère et attractivité locale (source : CAHC).
Les zones humides d’Hénin-Carvin sont aussi des témoins du passé, liées à des pratiques agricoles, maraîchères ou de pêche, parfois pluriséculaires :
Les fêtes du marais de Dourges rappellent ces traditions où l’eau était signe d’abondance… mais aussi d’inondations régulières, d’où toute l’importance de leur gestion.
La réalité est plus nuancée que l’image d’Épinal. Entre 1990 et 2010, la CAHC aurait perdu jusqu’à 35% de ses milieux humides ouverts, selon une synthèse régionale (SMAGE Escaut-Vivier).
À cela s’ajoute le problème des affaissements miniers, transformant de nombreux secteurs en cuvettes inondables où la gestion de l’eau relève aujourd’hui d’un véritable défi technique.
Depuis 2015, divers programmes émergent pour préserver ou restaurer ces zones critiques :
Ces actions témoignent de la prise de conscience croissante du rôle clé de ces milieux, même s’il reste à mieux connecter les acteurs locaux (agriculteurs, gestionnaires d’espaces naturels, collectivités, habitants) pour assurer leur pérennité.
Les zones humides d’Hénin-Carvin s’imposent comme des alliées discrètes mais déterminantes pour l’équilibre environnemental et humain. Elles invitent à changer de regard sur nos paysages et à travailler à leur transmission, afin que demain, enfants, habitants et élus continuent de vivre dans un bassin versant fécond, vivant, capable d’absorber les soubresauts du climat et de préserver une qualité de vie typique du Nord pas si ordinaire.
À l’échelle d’Hénin-Carvin, entre béton, terrils et ruisseaux, les zones humides dessinent une trame écologique aussi précieuse que vulnérable, où se joue la santé même du territoire. Observer, préserver et restaurer : trois mots d’ordre pour que la nature à fleur d’eau reste la grande alliée de demain.
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