Trames vertes et bleues à Hénin-Carvin : mode d’emploi d’un territoire en mouvement

12/01/2026

Comprendre les trames vertes et bleues : colonne vertébrale de la biodiversité locale

Le territoire d’Hénin-Carvin, niché au cœur du bassin minier du Pas-de-Calais, porte une histoire de reconversion écologique singulière. Les trames vertes et bleues (TVB) incarnent ce lien vivant entre espaces naturels, zones urbanisées et usage agricole ou industriel. Initiées par le Grenelle de l’Environnement en 2007, ces TVB sont des réseaux d’espaces végétalisés (trames vertes) et aquatiques (trames bleues) reliant réservoirs de biodiversité et corridors écologiques (Ministère de la Transition écologique).

  • Trame verte : Boisements, prairies, haies, friches, espaces publics végétalisés, alignements d’arbres, terrils végétalisés.
  • Trame bleue : Rivières, fossés, plans d’eau, marais, zones humides, canaux anciens et actuels.

À Hénin-Carvin, la structure particulière du paysage, marquée par les terrils, les anciens bassins industriels et un tissu urbain dense, donne à ces trames un caractère à la fois discontinu et innovant.

Une structuration issue du paysage minier : héritage et renouveau

Près de 1/3 de la Communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin (CAHC) est aujourd’hui occupé par des espaces végétalisés ou aquatiques, selon l’Atlas de la Biodiversité Locale (2021). Les terrils, longtemps signes du passé charbonnier, sont devenus les refuges majeurs de la biodiversité urbaine. Au total, plus de 1 200 hectares de ces reliefs artificiels sont partiellement ou pleinement colonisés par la végétation, hébergeant renards, chevreuils, lézards des murailles.

  • Le Terril 94 à Drocourt et Noyelles-Godault, classé site Natura 2000, abrite 380 espèces végétales identifiées et 82 espèces d’oiseaux selon le Conservatoire d’espaces naturels des Hauts-de-France.
  • Les anciens sites miniers sont peu à peu reliés par des linéaires de haies bocagères, corridors végétalisés qui favorisent le déplacement des espèces.

Les trames vertes relient ainsi les parcs urbains (parc de la Glissoire à Avion, jardins partagés), les squares, les zones boisées en périphérie et les lisières agricoles.

Le rôle clé des cours d’eau et des zones humides

Hénin-Carvin est traversé par de multiples axes d’eau :

  • La Haute-Deûle, qui marque la limite ouest du territoire et draine plaine, zones humides et boisements alluviaux.
  • Le canal de la Deûle et les fossés latéraux, essentiels pour connecter plans d’eau de gravières et marais.
  • L’ancien lit de la Souchez, rivière restaurée par endroits pour redéployer les habitats.

Au total, ce sont près de 58 km de cours d’eau artificiels et naturels qui structurent la trame bleue. Les marais d’Hénin et d’Evin, qui couvrent environ 32 hectares, sont l’un des derniers sites de reproduction du triton crêté, espèce protégée au niveau européen (sources : CEN Hauts-de-France et SAGE Deûle).

La trame verte, une mosaïque urbaine et périurbaine

En milieu urbain dense, la trame verte repose sur l’agencement d’espaces parfois modestes mais stratégiques :

  • Alignements d’arbres et boulevards arborés, tels l’avenue du 8 Mai 1945 à Hénin-Beaumont.
  • Talus ferroviaires, corridors écologiques souvent oubliés mais essentiels pour le déplacement des hérissons, renards ou même reptiles.
  • Friches industrielles et zones de « landes », colonisées naturellement par la végétation et gérées pour leur valeur écologique.

La CAHC prévoit la plantation de plus de 9 000 arbres sur cinq ans, en priorité sur les espaces entre quartiers et axes routiers, pour renforcer ces continuités (Plan Climat Air Énergie Territorial 2022-2026).

  • Biodiversité urbaine : Plus de 450 espèces de plantes recensées tous habitats confondus sur l’agglo, dont orchidées des terrils, digitalis, et linaires du Nord.
  • Oiseaux nicheurs : Près de 76 espèces observées, du bruant zizi à la fauvette à tête noire, avec des présence saisonnières sur les plans d’eau remodelés.

Défis posés par la fragmentation écologique

Malgré un tissu riche, la TVB d’Hénin-Carvin fait face à plusieurs menaces :

  • Morcellement urbain : L’étalement des zones d’activité et de certains nouveaux quartiers coupe des corridors historiques.
  • Pression du réseau routier : L’A21 et la D46 agissent comme des barrières majeures pour les déplacements de faune, notamment pour les amphibiens (source : Fédération Nord Nature Environnement).
  • Assèchement et recoupement des cours d’eau : Canalisations, recalibrages, suppression d’annexes hydrauliques menacent le cortège d’espèces rivulaires et aquatiques.

Les zones de compensation écologique et la restauration des zones humides font l’objet de partenariats entre collectivités, associations, Agence de l’eau et entreprises (ex : réaménagement de la friche de Drocourt).

Quelles solutions sur le terrain ? Initiatives et schémas d’avenir

  • Atlas de la Biodiversité Locale : Document collaboratif recensant 112 points noirs écologiques et 97 secteurs stratégiques pour la biodiversité, élaboré avec naturalistes et habitants.
  • Plan de gestion des terrils : Limitation du piétinement, intervention douce sur la végétation, création de mares temporaires pour les amphibiens.
  • Projets de liaisons douces : Plus de 40 km de nouveaux itinéraires cyclables et pédestres créés ou en projet (CAHC Source), pensés pour relier quartiers, parcs urbains et terrils.
  • Pépinières locales d’arbres et d’arbustes : Soutien aux essences locales, production via des chantiers d’insertion, replantation dans des haies bocagères autour de certaines communes.
  • Animation et médiation : Promenade nature en partenariat avec Eden 62, suivi des crapauds dans les mares urbaines, sensibilisation des écoles à la TVB.

Plusieurs communes – Hénin-Beaumont, Rouvroy, Dourges – expérimentent la gestion différenciée des espaces verts : réduction des tontes, fauches tardives, zones laissées en friche temporaire pour la reproduction des insectes (MNHN).

Panorama des points forts et marges de progression à Hénin-Carvin

Atouts Limites et Défis
  • Terrils et anciennes zones minières : nouveaux réservoirs biologiques
  • Réseau dense de petites zones humides et de fossés reliés
  • Mobilisation croissante des habitants et associations
  • Atlas de la biodiversité impliquant citoyens, élus et experts
  • Fragmentation persistante par routes et zones d’activités
  • Perte de milieux ouverts (prairies, marais intérieurs)
  • Espèces invasives (renouée du Japon, robinier) sur certains secteurs
  • Besoin d’élargir la participation citoyenne pour la gestion collective

Vers une trame vivante : dialogue entre paysages et habitants

La structuration de la trame verte et bleue à Hénin-Carvin illustre la résilience du territoire. Les anciens stigmates miniers accueillent aujourd’hui autant les écureuils roux que les familles venues se promener, et les mares redécouvertes redeviennent des haltes pour les migrateurs. Si le puzzle écologique reste inachevé, il s’enrichit chaque année de nouveaux maillons sur le terrain… et dans l’imaginaire collectif. La rencontre entre initiatives institutionnelles, implication citoyenne et expertise associative pose les jalons d’un territoire où ville, nature et mémoire industrielle se rejoignent pour inventer de nouveaux paysages habités.

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