Hénin-Carvin : La Nature tisse sa toile, du bocage à la friche, pour la vie

02/01/2026

Comprendre les trames vertes et bleues : une armature écologique essentielle

Les trames vertes et bleues (TVB) ne sont pas de simples bandes végétalisées dessinées à la hâte sur un plan d’urbanisme. Derrière ce concept, adopté au niveau national depuis la loi Grenelle (2009), s’invente et s’expérimente chaque jour sur le terrain un réseau vivant. Sur Hénin-Carvin, territoire longtemps façonné par l’industrie et l’extraction minière, la TVB s’incarne sous des formes parfois inattendues : anciens terrils, corridors de haies, rivières canalisées et friches regagnées par la flore spontanée.

La trame verte relie ainsi entre eux boisements, prairies, haies et parcs, formant des chemins de vie pour de très nombreuses espèces. La trame bleue, quant à elle, s’appuie sur la présence de l’eau : rivières, ruisseaux, étangs et zones humides. Ensemble, elles dessinent un maillage dynamique essentiel à la préservation de la biodiversité, au maintien d’une qualité de vie urbaine et rurale, et à la lutte contre les effets du changement climatique.

Pourquoi ce maillage est-il si précieux à Hénin-Carvin ?

  • Un territoire fragmenté : L’histoire industrielle et urbaine du bassin minier a laissé des traces profondes. Les infrastructures, routes, zones commerciales et lotissements découpent le paysage. Résultat : bon nombre d’espèces n’arrivent plus à circuler entre les habitats, voire à survivre (source : Atlas de la Biodiversité Communale, CABBALR, 2021).
  • Des réservoirs naturels singuliers : Les friches industrielles, loin d’être des « vides », se révèlent des refuges pour orchidées sauvages, chauves-souris ou papillons rares. Sur le terril d’Hénin-Beaumont, on recense par exemple jusqu’à 210 espèces végétales, dont plusieurs protégées (CPIE Chaîne des Terrils, 2021).
  • Un enjeu contre l’artificialisation : Près de 28% du sol du territoire est artificialisé (données INSEE, 2022). Ce chiffre, supérieur à la moyenne nationale, fait d’Hénin-Carvin un laboratoire des défis liés au développement urbain et à la préservation du vivant.
  • Un patrimoine hydraulique riche : De la Souchez à la Deûle, en passant par de nombreux fossés et plans d’eau, le territoire reste irrigué. Ces eaux forment la charpente de la trame bleue, elles jouent un rôle majeur pour les amphibiens, les oiseaux migrateurs, ou la régulation des inondations.

Comment se matérialisent les trames à l’échelle locale ?

Des corridors écologiques identifiés et à renforcer

Le Schéma Régional de Cohérence Ecologique des Hauts-de-France (SRCE) pointe plusieurs axes de circulation de la faune et de la flore. Pour Hénin-Carvin, ces corridors s’étendent :

  • Du Sud vers le Nord, via le corridor de la Souchez, jusqu’aux marais de la Gohelle.
  • D’Est en Ouest, par les coulées vertes du parc des Îles et les bras morts de la Deûle.
  • Sur les axes “gris” que représentent routes, rails et friches ferroviaires, souvent transformés—de façon informelle—en lieux d’accueil pour la biodiversité urbaine (renards, hérissons, faucons crécerelles).

Le Plan Pluriannuel de Restauration Ecologique (PPRE) engagé par la Communauté d’Agglomération Hénin-Carvin (CAHC) cible depuis 2020 la plantation de 8 kilomètres de nouvelles haies et la gestion différenciée de 23 hectares de pelouses urbaines (source : CAHC, rapport 2022).

Trame bleue : une eau qui structure

Au fil des siècles, la Deûle et la Souchez ont été canalisées, détournées voire enfouies. Pourtant, elles reprennent peu à peu leur place naturelle, avec la restauration de berges et la réouverture de certains tronçons à la faune aquatique. Le projet d’aménagement du Parc des Îles en fait un laboratoire à ciel ouvert : créations de mares, prairies inondables, inventaires d’amphibiens. Plus de 16 espèces d’anoures (grenouilles, crapauds) et d’urodèles (tritons) y ont été recensées en 2021 (Conservatoire d’Espaces Naturels des Hauts-de-France).

L'espace de transition entre berges naturelles et zones urbanisées devient ainsi un atout contre les canicules et les orages violents, grâce à un effet tampon (réduction des inondations ponctuelles estimées jusqu’à -12% sur les quartiers riverains concernés — source : URCPIE, 2022).

Biodiversité en mouvement : des exemples visibles à Hénin-Carvin

  • Le terril 94 : un milieu pionnier – Si l’on s’attarde sur ce terril emblématique d’Hénin-Beaumont, la transition entre pelouses sèches, fourrés d’églantiers et forêts de bouleaux accueille des espèces rares, telles l’ophrys abeille, la coronelle lisse ou le lucane cerf-volant. En 2020, 40% de la population locale de certains papillons menacés y avait trouvé refuge (indicator species survey, CPIE).
  • Les friches ferroviaires – Longtemps délaissées, les emprises de l’ancienne ligne Somain-Lens sont aujourd’hui traversées par des hérissons (Erinaceus europaeus) et plusieurs espèces de chauves-souris, indicateurs d’un réseau faunistique rétabli.
  • Lisières de la Deûle – Les loutres d’Europe, disparues depuis 30 ans, réapparaissent sporadiquement, profitant de la renaturation des berges (source : ONCFS et SFEPM).

TVB : quels bénéfices concrets pour les habitants ?

  • Réduction des îlots de chaleur : Les corridors végétaux baissent la température locale de 1 à 3°C lors d’épisodes caniculaires (source : Cerema, 2022).
  • Amélioration du cadre de vie : La proximité de zones vertes favorise la santé mentale et physique, tout en augmentant la valeur immobilière de certains quartiers (jusqu’à +7% selon la Fédération française du Paysage, 2021).
  • Pédagogie vivante : Écoles, centres sociaux et promeneurs bénéficient d’espaces d’observation et d’animation en pleine nature, avec plus de 30 sorties naturalistes publiques recensées chaque année sur le secteur (CPIE).

Sur le secteur de Dourges, le réaménagement de l'ancien site minier a vu la création de 2,5 km de sentiers pédagogiques intégrés à la trame verte, tandis que le collège Paul Langevin à Courrières a mené un projet de jardin de pluie connecté à la trame bleue : une façon concrète d’impliquer jeunes et familles dans la résilience écologique locale.

Menaces et défis : maintenir la continuité écologique

La TVB, si précieuse, reste fragile face à l’étalement urbain, au retour des projets logistiques ou aux pollutions diffuses (eaux usées, dépôts sauvages). L’enjeu ? Limiter le mitage, préserver les liaisons existantes et restaurer les secteurs “en impasse écologique”.

Le SRCE demande ainsi aujourd’hui aux communes d’intégrer la TVB dans leurs plans locaux d’urbanisme (PLU). Cependant, la mobilisation citoyenne, la concertation avec les agriculteurs et la création de partenariats associatifs (comme avec le Conservatoire d’Espaces Naturels ou l’association GON – Groupe Ornithologique et Naturaliste du Nord–Pas-de-Calais) restent indispensables pour préserver ce maillage.

  • 96% des cours d’eau régionaux présentent aujourd’hui au moins une rupture (barrage, canalisation, pollution) selon l’Agence de l’Eau Artois-Picardie.
  • Près de 29% des espèces observées localement sont menacées ou quasi-menacées (Liste Rouge régionale 2021).

Au défi écologique s’ajoute donc un défi de dialogue et d’invention collective.

Des pistes d’action inspirantes sur Hénin-Carvin

  • Planter et entretenir les haies bocagères : relance des chantiers citoyens de plantation chaque hiver (plus de 16 000 jeunes plants installés sur 3 ans, CAHC).
  • Renaturation des berges sur la Deûle et la Souchez : nettoyage participatif, pose de radeaux végétalisés, suivi par GPS des déplacements de la faune (SAED, 2022).
  • Inciter à la gestion différenciée des espaces publics : arrêt progressif des traitements chimiques, gestion en fauche tardive ou par pâturage ovin sur les friches communales, réintégration de micro-habitats.
  • Créer des observatoires citoyens : grâce à la plateforme Vigie-Nature ou à des ateliers locaux, chacun peut participer à l’état des lieux de la faune et de la flore.
  • Favoriser l’agriculture compatible : soutien aux exploitants volontaires pour réinstaller des bandes enherbées ou préserver les mares agricoles connectées à la trame bleue.

Chaque action, petite ou grande, s’ajoute au maillage. Ce qui semblait insignifiant (poser un nichoir, préserver une mare, planter trois arbres pour relier deux bosquets) devient une pièce essentielle du puzzle écologique local.

Vers un territoire pionnier de la nature urbaine ?

À Hénin-Carvin, la nature s’affirme comme un allié précieux, parfois discret mais toujours vital. Redessiner les trames vertes et bleues, c’est permettre à la biodiversité de circuler, à la ville de respirer et à chacun de (re)découvrir son environnement immédiat.

Ce maillage repose sur une mobilisation collective, une rigueur scientifique mais aussi sur la capacité à observer et à valoriser les richesses parfois cachées : les pelouses pionnières des terrils, la danse des libellules près des mares urbaines, la silhouette furtive du renard entre deux quartiers.

En cultivant cette trame de vie, le territoire d’Hénin-Carvin esquisse une histoire où l’écologie s’entremêle au quotidien des habitants, ouvrant la voie à un urbanisme du vivant pour demain.

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