Explorer les milieux humides : des trésors naturels à vivre et à comprendre

12/03/2026

Qu’appelle-t-on réellement une « zone humide » ?

La définition d’une zone humide va bien au-delà du cliché du sol boueux. Selon l’article L211-1 du Code de l’environnement, « on entend par zones humides les terrains exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire ; la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles ». Cela inclut :

  • marais et marécages
  • tourbières
  • prairies inondables
  • bras morts de rivières
  • bords d’étangs et de plans d’eau

Longtemps perçues comme des terres impropres à la culture ou à l’urbanisation, ces zones regorgent en réalité d’espèces rares (libellules, orchidées, batraciens…), stockent le carbone et, d’après l'ONB (Observatoire National de la Biodiversité), abritent près de 40% des espèces protégées en France métropolitaine (source : NatureFrance).

Pourquoi mettre l’accent sur la découverte et la sensibilisation ?

La disparition des zones humides a été massive au XXe siècle, avec près de deux tiers d’entre elles détruites en France en moins de 100 ans (Ministère de la Transition Écologique). Outre le retournement agricole et l’urbanisation, c’est souvent la méconnaissance du grand public qui conforte leur marginalisation. 

  • Permettre la découverte, c’est faire voir la richesse là où l’on percevait le désordre ou une « friche ».
  • Sensibiliser, c’est aussi susciter la vigilance citoyenne face à la qualité de l’eau, à la fragmentation du territoire ou à l’arrivée d’espèces invasives.
  • Ces lieux, ouverts ponctuellement ou toute l’année, servent d’initiation active aux enjeux de la transition écologique auprès des classes scolaires, familles, élus et promeneurs.

Carte et typologie des principaux sites naturels humides ouverts à la visite dans le Nord-Pas-de-Calais

Nom du site Localisation Type de zone humide Animations / Découverte Gestionnaire principal
Parc des Îles d’Hénin-Carvin Rouvroy / Drocourt plans d’eau, bras morts, prairies inondables animations nature, sentiers thématiques, sorties ornitho CAHC / CPIE Chaîne des Terrils
Réserve naturelle régionale des Marais de Wagnonville Douai marais alcalins, roselières visites guidées, inventaires participatifs Conservatoire d’espaces naturels Hauts-de-France
Le Parc du Grand Marais Liévin mare, prairie humide sentiers, ateliers scolaires Ville de Liévin
Réserve naturelle nationale des Marais d’Isle Saint-Quentin marais tourbeux, plans d’eau maison de la réserve, sentiers sur pilotis, sorties botaniques RNN
Gravière Marcotte - Terril et étangs Ostricourt gravière, plans d’eau, mares sorties nature grand public, observations ornitho LPO / commune
Marais de la Sensée Arleux marais fluvial, canaux ramassages participatifs, pêches à la mouche SMELS, pêcheurs
Bois de Florimond Hénin-Beaumont sources, mares forestières balades découvertes, inventaires crapauds Ville / associations locales

Focus sur trois sites exemplaires du territoire

Le Parc des Îles d’Hénin-Carvin : un laboratoire grandeur nature

Sur d’anciennes friches industrielles, ce site de près de 60 ha a vu renaître des milieux humides variés, où l’eau du canal et des étangs dialogue avec des prairies inondées et de jeunes boisements. Depuis sa réouverture au public, il s’est imposé comme l’un des lieux phares pour comprendre les bénéfices écologiques des « nouveaux milieux humides » :

  • Observation aisée du grèbe huppé, de la foulque macroule, des libellules et papillons, dont la remarquable agrion de Mercure (espèce menacée, source : INPN).
  • Sentiers adaptés à la mobilité réduite, panneaux pédagogiques sur la fonction tampon des zones humides lors d’épisodes de crue.
  • Ateliers d’initiation à l’utilisation du filet troubleau pour observer la faune aquatique, organisés aux vacances et au printemps.

La fréquentation du site illustre l’engouement nouveau pour ces espaces : environ 30 000 visiteurs par an, dont un tiers en groupe scolaire ou dans le cadre de sorties accompagnées (CAHC).

Les Marais de Wagnonville : patrimoine floristique et pédagogique

Situé à l’interface d’une vaste plaine agricole, ce marais restauré offre une expérience immersive grâce à ses roselières, ses mares ouvertes et ses buttes refuges pour le triton crêté (espèce protégée en Europe, source : Partenaires du Vivant).

  • Programme d’animations participatives chaque année à l’occasion de la Journée mondiale des zones humides (2 février).
  • Projet « Charte du Marais » impliquant les communes voisines, les entreprises et les agriculteurs riverains pour limiter les pollutions diffuses.
  • Suivi citoyen des populations de grenouille agile (disparition suivie en zone de Flers en 2015, retour récent constaté sur Wagnonville).

Le Grand Marais de Liévin : reconquérir la nature au cœur de la ville

Ici, la mare pédagogique et la zone inondable forment un ilot de fraîcheur au milieu d’un quartier urbain. Les éducateurs environnement de la mairie guident chaque mois des ateliers ouverts, adaptés aux jeunes publics comme aux promeneurs néophytes :

  • Découverte des plantes filtrantes (roseau, scirpe, jonc) — rôle dans l’autopoïèse du marais.
  • Balades « oiseaux d’eau » avec jumelles prêtées, identifications simplifiées (poules d’eau, canards colverts, hérons bihoreaux).
  • Actions de nettoyage participatif avec pesée des déchets collectés (plus de 250 kg en 2023, source : Ville de Liévin).

Quelles activités pour petits et grands ? La palette de la sensibilisation

Les milieux humides se prêtent à une multitude d’actions d’éducation à l’environnement, allant de la balade naturaliste classique à la création artistique, selon les saisons et les équipes d’animation. Voici un panorama des formats les plus courants relevés dans la région :

  • Sorties ornithologiques et initiation à l’écoute des amphibiens : avril à juin, lors des pics d’activité de reproduction.
  • Ateliers « petites bêtes de l’eau » : identification des insectes et larves grâce à des plateaux loupes ou des boîtes à dessin. Parfois intégrés à des projets de sciences participatives (Suivi du Plan National d’Actions « Libellules »).
  • Inventaires « flash » participatifs sur la flore ou l’entomofaune macroscopique (listes photographiées puis transmises au réseau VigieNature"/>
  • Rallyes-sensibilisation : parcours d’énigmes où chaque étape aborde un enjeu (qualité de l’eau, espèces protégées, usages compatibles).
  • Chantiers-éco-citoyens (fauche tardive, réouverture de mares, pose de nichoirs ou abris à hérissons).
  • Installations artistiques éphémères : land art, carnets aquarelle, créations à base de végétaux locaux.

Implication locale : comment intégrer la protection de ces milieux dans la vie du territoire ?

La présence de milieux humides sur le parcellaire communal, ou à proximité immédiate d’habitations, invite à une gestion partagée. Quelques pistes simples, relevées dans les initiatives de la région :

  • La concertation avec les agriculteurs, pour éviter le retournement ou le drain des parcelles humides relictuelles (Terres & Eaux).
  • L’animation de conseils citoyens « zone humide », lieux d’expression pour les riverains (retours d’expérience sur les Marais de Wagnonville et la Sensée).
  • L’intégration des zones humides dans les plans locaux d’urbanisme (PLU), prescription de bandes tampons enherbées et protection réglementaire, selon les objectifs Natura 2000 ou SAGE (cf. Agence de l’Eau Artois-Picardie).

Prolonger l’expérience : quelques ressources et réseaux à connaître

  • Conservatoire d’Espaces Naturels des Hauts-de-France : gestion, suivi scientifique, guidages sur les réserves naturelles — programme de sorties sur www.cen-hautsdefrance.org
  • CPIE Chaîne des Terrils : animation, inventaires participatifs, médiation sur les sites issus de la reconversion minière — site des CPIE
  • Agence de l’Eau Artois-Picardie : cartographie, conseils aux gestionnaires, dispositifs éducatifs et appels à projets (eau-artois-picardie.fr)

Des milieux à vivre, des lieux à défendre : la dynamique d’un territoire en éveil

La région nordiste, longtemps perçue comme une terre « sans nature », montre aujourd’hui la vitalité de ses milieux humides, ouverts grâce à la persévérance de naturalistes, d’enseignants, d’élus et d’associations. Chaque sortie, chaque atelier, chaque moment de partage dans ces lieux contribue à transformer le rapport au territoire pour les générations futures. Découvrir, comprendre, s’émouvoir, mais aussi protéger, voilà l’itinéraire que proposent ces zones humides à tous ceux qui veulent vivre la nature.

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