À la racine de l’eau claire : impact et enjeux de la restauration des berges

08/11/2025

Des rivières malades : pourquoi restaurer les berges, ici et ailleurs ?

Les cours d’eau sculptent nos paysages et irriguent nos terres, mais ils portent aussi les cicatrices de l’activité humaine. Dans le bassin minier et ailleurs, les berges dégradées par l’artificialisation, le labour trop proche, les pollutions ou l’érosion sont souvent invisibles… jusqu’au moment où la qualité de l’eau se détériore et où la biodiversité s’effondre. Selon l’Office français de la biodiversité, 37 % des masses d’eau de surface françaises sont en mauvais état écologique (OFB).

Les berges jouent pourtant un rôle clef et souvent méconnu : elles forment un rempart vivant entre terres et rivières, filtrent les polluants, limitent l’érosion, ralentissent les crues et offrent refuge à toute une faune et flore typiques. Restaurer ces zones fragiles, c’est donc agir à la source pour retrouver une eau plus propre et des écosystèmes plus résilients.

Décrypter le lien : comment les berges influencent-elles la qualité de l’eau ?

  • Rétrécissement naturel des polluants : Les plantes des ripisylves (la végétation des berges) servent de filtre vert, captant une partie des phosphates et nitrates issus des fertilisants agricoles ou des eaux usées. Une expérimentation du Pôle Eau & Biodiversité Adour-Garonne a montré que des bandes herbacées de 5 à 10 mètres pouvaient réduire de 30 à 70 % l’apport de nitrates à la rivière (EPTB Adour).
  • Lutte contre l’érosion : Les racines stabilisent la terre, évitant que des tonnes de limons et de matières organiques ne finissent dans l’eau. Or, la turbidité (eau trouble) nuit à la photosynthèse aquatique et transporte parfois des pesticides ou autres substances nocives.
  • Régulation thermique : Les arbres et arbustes fournissent de l’ombre, abaissant la température de l’eau. Un point crucial, car au-delà de 19°C, certaines espèces sensibles – la truite fario ou le chabot commun – sont menacées de disparition locale (Fédération Nationale de la Pêche en France).
  • Amortissement des crues et auto-épuration : Les berges naturelles accueillent micro-organismes, vers et insectes, véritables petites stations d’épuration qui dégradent une partie des polluants organiques avant qu’ils n’atteignent la rivière.

De la technique à la pratique : les méthodes actuelles de restauration

Le génie écologique s’éloigne des berges en béton autrefois courantes. Aujourd’hui, la restauration vise la naturalité et la diversité. Voici les grandes familles d’actions utilisées en France, illustrées dans le bassin de la Deûle ou de la Scarpe.

  1. Reprofilage des berges « en pente douce »
    • Création de zones en paliers, alternant faible et forte pente, pour stabiliser les sols et créer différentes niches biologiques.
    • Apport de terre végétale et plantations de saules, aulnes, ou carex adaptés localement.
  2. Plantation de haies rivulaires
    • Introduction d’espèces indigènes : saule blanc, frêne, viorne, à raison d’un ou deux plants au mètre linéaire, espacés pour éviter la compétition.
    • Utilisation de boutures de saules vivantes, simplement piquées dans la berge au printemps, méthode à la fois économique et écologique.
  3. Paillage et fascines végétales
    • Tressage de branchages pour former des barrières souples, limitant le ruissellement et captant les sédiments avant qu’ils ne partent dans l’eau.
  4. Déconnexion ou re-méandrage partiel
    • Rétablir les courbes disparues permet de ralentir le flot, de diversifier les écoulements et d’offrir refuges et frayères aux poissons et amphibiens.

Certaines opérations mobilisent aussi les habitants, au travers de chantiers participatifs ou d’ateliers d’observation pour penser la restauration du paysage en lien avec ses usages locaux.

Bénéfices mesurés : des chiffres et des histoires d’eaux revenues à la vie

  • Érosion divisée : Sur le ruisseau du Vieil Escaut (Nord), des plantations de ripisylve ont permis de réduire de plus de 50 % la quantité de matières en suspension après cinq ans (ONEMA).
  • Baisse de la pollution diffuse : L’INRAE a relevé une diminution de 25 à 40 % des pics de nitrates mesurés en aval lorsqu’une bande enherbée de 10 mètres sépare cultures intensives et rivières (INRAE).
  • Retour de la biodiversité : Après la restauration de la Lys (62), les inventaires naturalistes ont observé le retour d’espèces « bio-indicatrices », comme la demoiselle Caloptéryx splendens, absente depuis plus de 15 ans.
  • Réduction du risque d’inondation : La présence de forêts riveraines permet de réduire le volume des crues de 10 à 20 % sur certains sites testés par le Syndicat du Bassin Versant du Gier (SBVG).

Connaître les obstacles : quand la restauration des berges se heurte à la réalité

  • Pression foncière et emprise agricole : Restaurer une berge, c’est parfois rogner sur des terres cultivées ou pâturées. Trouver des compromis, par exemple avec les MAEC (Mesures Agro-Environnementales et Climatiques), reste nécessaire.
  • Difficulté d’acceptabilité sociale : Beaucoup d’habitants voient les berges “enherbées” comme négligées, méconnaissant leur utilité. Le rôle des animations nature ou des sorties pédagogiques est alors primordial.
  • Délai d’observation des effets : Les résultats sont parfois lents à apparaître : végétation et qualité de l’eau ne changent pas du jour au lendemain, surtout sur des milieux très dégradés.

Des outils et acteurs mobilisés sur le territoire

Dans le Pas-de-Calais, la mission “Restaurer les milieux aquatiques” de l’EPAMA ou les programmes “Rives Vivantes” soutenus par l’Agence de l’Eau Artois-Picardie accompagnent techniquement (plans de gestion, relevés de biodiversité, suivis hydromorphologiques) les collectivités et associations œuvrant le long de la Deûle, de la Scarpe ou de leurs affluents.

Près d’Hénin-Carvin, la Communauté d’Agglomération a par exemple financé la création de 3 km de berges enherbées entre Dourges et Courrières, impliquant agriculteurs et pêcheurs locaux, et installé des panneaux pédagogiques sur le rôle discret mais essentiel des ripisylves.

Perspectives : pour aller plus loin, un changement à soutenir collectivement

La restauration des berges n’est pas une baguette magique, mais une approche éprouvée, qui demande temps et implication sur le terrain. Les bénéfices sur la qualité de l’eau sont durables, mais aussi imbriqués à des enjeux plus larges : adaptation au changement climatique, protection de la faune locale, valorisation de notre patrimoine paysager.

Demain, un réseau de citoyens scientifiques, des écoles et des élus motivés pourraient participer au suivi de la clarté de l’eau, des espèces retrouvées, ou même inventer de nouveaux usages doux et respectueux de ces « frontières naturelles ».

Pour en savoir plus sur les expériences locales, n’hésitez pas à suivre le programme « Rivières Sauvages » sur rivieressauvages.fr ou vous rapprocher de la Fédération de pêche du Pas-de-Calais, qui anime régulièrement des sorties d’observation sur le terrain.

Aimez, observez, partagez : les berges sont un trait d’union vivant entre la terre et l’eau, précieux allié de notre environnement quotidien.

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