Reboisement et plantations à Hénin-Carvin : initiatives et biodiversité en action

21/12/2025

Le besoin de reboisement dans le bassin minier d’Hénin-Carvin

Né d’un passé industriel intense, le territoire d’Hénin-Carvin porte encore les traces de son histoire minière. Terrils noirs, zones artificialisées, campagnes fragmentées : le paysage, s’il garde cet ancrage patrimonial fort, a parfois du mal à respirer. Pourtant, la biodiversité revient. Elle s’infiltre, repousse, colonise. Car si le reboisement et les plantations concernent toute la France, ce sujet s’entend ici avec une acuité particulière. D’après l’Atlas de la Biodiversité Communale publié en 2022 par la CAHC (Communauté d’agglomération Hénin-Carvin), l’occupation du sol y est encore à plus de 14% composée d’anciens sites miniers, dont la majorité en friches. À l’échelle locale, la canopée (surface couverte par les arbres) atteint péniblement les 15%, contre 31% en moyenne à l’échelle nationale (IGN – Portraits forestiers des villes françaises).

  • Territoire très urbanisé : 10 des 14 communes de la CAHC sont classées comme « urbaines » par l’INSEE
  • Objectif assigné par le Plan Climat CAHC : + 20 hectares d’espaces boisés supplémentaires d’ici 2030
  • Espèces locales menacées (Chêne sessile, Orme, Noisetier) sous représentées sur le domaine public (source : CAHC, rapport Nature en Ville)

Sur cette terre de contrastes, le reboisement et les plantations deviennent donc bien plus qu’un geste écologique : ce sont des actes fondateurs pour redessiner le futur du territoire.

Des projets publics structurants : Plans locaux et grands chantiers

Le “Plan Canopée” de la CAHC

Lancé en 2019, le Plan Canopée de la Communauté d’agglomération Hénin-Carvin est aujourd’hui le principal fil conducteur des actions publiques. Il se donne deux axes :

  • Augmenter la surface boisée et les corridors écologiques
  • Réaliser des plantations de qualité, en privilégiant les espèces autochtones

Parmi ses premières réalisations marquantes :

  • Création de la lisière boisée de la RD160 à Courrières et Montigny-en-Gohelle : 2 500 arbres plantés sur 6 hectares, essences majoritaires : chênes, charmes, saules.
  • Revalorisation de la friche Sainte-Henriette à Dourges sur 4 hectares, dont une moitié destinée à l’accueil d’une prairie mellifère et le reste en bosquet spontané grâce à la régénération naturelle assistée
  • Plantations d’arbres d’alignement dans les écoles et services publics : 18 établissements scolaires équipés entre 2020 et 2023

Les “Bois d’Avenir” à Hénin-Beaumont

L’initiative “Bois d’Avenir”, soutenue par la Ville d’Hénin-Beaumont, a reçu début 2023 un soutien de l’Agence de l’eau Artois-Picardie, grâce à un projet partenarial avec le Conservatoire d’espaces naturels et quelques associations (dont Noé et CPIE Chaîne des Terrils).

  • 2,1 hectares replantés en bordure du marais de l’Étoile, sur des sols en reconversion
  • 2500 plants d’espèces variées, dont 60% d’essences nobles (hêtre, érable champêtre, tilleul), 30% d’espèces pionnières (bouleau, sureau noir, cornouiller sanguin), 10% de fruitiers sauvages, pour nourrir la faune locale
  • Suivi annuel sur la mortalité des plants : taux de reprise moyen à 88 % en 2022 (source : Ville d’Hénin-Beaumont, rapport de suivi)

Partenariat “Planter pour demain” avec l’Office National des Forêts

L’Office National des Forêts (ONF), bien présent sur l’ancien massif du Bois de Florimond (Carvin, Oignies, Hénin-Beaumont), agit en faveur d’un reboisement raisonné. Depuis 2021, un nouveau projet, intitulé “Planter pour demain”, vise à :

  • Rajeunir le patrimoine arboré, menacé par la chalarose du frêne et la sécheresse
  • Renforcer en lisières des peuplements mixtes, adaptables au changement climatique (chêne pubescent, alisier, sorbier, merisier)

En 2022, ce sont 5,7 hectares qui ont été replantés, avec plus de 12 000 plants (source : ONF et onf.fr). Le projet a une ambition de gestion durable jusqu’en 2050.

Plantations participatives et citoyennes : la nouvelle dynamique de terrain

Les écoles, premières ambassadrices des plantations

Depuis 2018, le programme “Une cour, une forêt”, porté par la CAHC, infuse une culture de la plantation dès le plus jeune âge. Entre Carvin, Noyelles-Godault et Rouvroy, 12 écoles ont transformé une partie de leur cour en “forêt linaire”.

  • 2750 arbustes plantés, 110 arbres de haut-jet
  • Espèces choisies avec les enfants : érable champêtre, cornouiller, prunellier, sorbier, pommier sauvage
  • Suivi écologique assuré par le CPIE Chaîne des Terrils

Les effets visibles ? Fraîcheur estivale, retour d’insectes pollinisateurs, fabrication de cabanes éphémères et pédagogique active sur la biodiversité locale.

Associations et collectifs : une mosaïque d’acteurs engagés

Le tissu associatif prend ici tout son sens. Le groupe local des Amis de la Terre et l’association “Paroles de Nature” à Montigny-en-Gohelle multiplient les chantiers bénévoles. Ils assurent chaque année :

  • La plantation de 400 à 600 arbres et arbustes sur terrains communaux ou chez des particuliers volontaires
  • L’organisation de 4 à 6 journées “plantations citoyennes”, ouvertes à tous (familles, riverains, écoles)
  • La distribution de kits “plantons ensemble” composés de jeunes arbres et d’une notice explicative sur la haie champêtre

Un exemple marquant : la revitalisation du square Jules-Ferry à Drocourt en 2022, où 43 bénévoles ont planté 370 arbustes locaux en une après-midi, accompagnés par la LPO et le CPIE.

Microforêts et trame brune : innovations en chantier

Dans une logique d’innovation, on voit émerger à Hénin-Carvin les premières “microforêts Miyawaki”. Basée sur une méthode originale japonaise, cette technique vise à densifier la plantation sur de petites surfaces pour obtenir des forêts très résilientes, favorisant la biodiversité urbaine.

  • Deux microforêts pilotes : avenue de l’Europe à Hénin-Beaumont (450 m², 1200 arbres sur 24 essences) et parc du Silo à Noyelles-Godault (340 m², 900 plants)
  • Taux de reprise au-dessus de 90% sur l’année test (source : CPIE et Gazette Nord-Pas de Calais, 2023)

La trame brune – concept désignant la continuité des sols vivants pour favoriser la circulation des êtres vivants et la régénération – est également prise en main à travers des actions de plantation de haies, lisières et bandes fleuries : plus de 1,2 kilomètres de haies plantées en 2022 sur le territoire (données CAHC).

Fragmentation du territoire et enjeux de connectivité : le défi des corridors végétaux

Au-delà de planter, il s’agit de raccorder les “poches” de nature pour lutter contre l’isolement de la faune et de la flore. Les travaux du Conservatoire d’Espaces Naturels des Hauts-de-France le rappellent : sur 1 hectare boisé isolé, le taux de présence de mammifères sauvages est trois fois inférieur à celui d’un hectare relié à une trame verte continue.

  • Les corridors écologiques sont prioritaires dans les projets de plantations : bandes boisées, haies champêtres ou ripisylves le long des cours d’eau
  • Des espaces stratégiques : la zone humide du marais de Carvin, le parc urbain de Dourges, lisières des terrils de Noyelles-sous-Lens
  • Grilles d’évaluation biologique affinées avec la Fédération des Chasseurs du Pas-de-Calais pour optimiser les effets sur le grand faune et l’avifaune

La stratégie cible aussi la diversité génétique : sur les nouveaux linéaires de haies, on retrouve au moins 8 espèces différentes par plantation, contre 2 à 3 dans les aménagements des années 90 (source FNE Hauts-de-France).

Retours d’expérience et impacts visibles sur la nature locale

Quel est l’effet concret de ces plantations sur le territoire ? Plusieurs années d’observations, croisées avec les protocoles du Muséum national d’Histoire naturelle (Vigie-Nature) et les inventaires de terrain conduits par l’association Nature en Hénin-Carvin, donnent déjà des signes encourageants :

  • Augmentation des populations de merles noirs de 37% entre 2017 et 2022 sur les quartiers nouvellement boisés d’Hénin-Beaumont (donnée Vigie-Nature 2023)
  • Recolonisation visible du loriot d’Europe sur les secteurs replantés avec des fruitiers sauvages (source : LPO Pas-de-Calais, 2023)
  • Apparition de la Pipistrelle commune et du hérisson d’Europe sur les linéaires de haies liés à la trame brune, signalés par des pièges-photos (données CPIE Chaîne des Terrils)

Même les anciens terrils connaissent une résilience étonnante : des plantations “pionnières”, là où la végétation spontanée peinait à reprendre, ont vu apparaître en moins de 8 ans des peuplements fermés, fréquentés par le chevreuil et le renard.

Perspectives : du reboisement à la reconquête collective du territoire

À observer la dynamique actuelle des plantations à Hénin-Carvin, une chose ressort : l’approche se veut globale, multi-acteurs, et soucieuse à la fois du vivant sauvage et des usages du quotidien. Les projets de reboisement et de plantations, loin d’être anecdotiques ou simplement “esthétiques”, s’inscrivent au cœur de la transition écologique du territoire.

Les défis restent nombreux : adaptation au changement climatique, lutte contre les sécheresses et maladies d’arbres, équilibre entre espaces naturels et fonciers urbanisés. Mais la diversité des projets, leur ancrage local fort, et les premiers résultats sur la biodiversité montrent que reboiser Hénin-Carvin, c’est engager une renaissance territoriale inédite.

Pour les habitants, élus, groupes scolaires, naturalistes ou simples curieux, ces actions offrent autant d’opportunités d’expérimenter la nature à hauteur d’homme, de repenser leur quotidien, et d’écrire collectivement une nouvelle page du paysage local.

Sources : CAHC (Plan Canopée, rapport biodiversité, 2022), ONF, CEN Hauts-de-France, LPO Pas-de-Calais, CPIE Chaîne des Terrils, Vigie-Nature, Noé, Association Paroles de Nature, Gazette Nord-Pas de Calais.

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