Zones humides : trésors cachés à préserver et à valoriser sur notre territoire

04/03/2026

Pourquoi les zones humides sont essentielles à Hénin-Carvin et ailleurs

Les zones humides ont souvent mauvaise presse, synonymes de marécages infestés de moustiques ou de terres inutilisables. Derrière ces clichés se cachent pourtant des milieux parmi les plus précieux et menacés. Sur le territoire d’Hénin-Carvin comme partout en France, elles se font discrètes... pourtant, sans elles, la biodiversité s’écroule, les inondations se multiplient et la qualité de notre eau locale décline.

Selon la Convention de Ramsar, 87% des zones humides mondiales ont disparu depuis 1700. En France, une étude du ministère de la Transition écologique (2022) estime la perte à près de 50% depuis le début du XXe siècle. Dans les Hauts-de-France, si 18% du territoire sont encore humides (données INPN, 2018), leur surface reste en régression.

Qu’apportent véritablement ces milieux ?

  • Épuration naturelle de l’eau : Les zones humides filtrent 20 à 60 % des nitrates et phosphates issus de l’agriculture ou de l’urbanisation.
  • Réservoirs de biodiversité : La moitié des espèces d’oiseaux françaises et plus de 30% des espèces végétales rares y trouvent refuge (Ministère de la Transition écologique).
  • Barrières contre les inondations : Un hectare de zone humide peut stocker jusqu’à 1,5 million de litres d’eau en période de crue (OFB, 2021).
  • Régulation climatique : Les tourbières séquestrent deux fois plus de carbone au mètre carré que les forêts tempérées (PNUE, 2019).

Des zones humides sous pression à l’échelle locale

Sur notre territoire, marais d’Hénin, prairies inondables de Courrières ou bois tourbeux à Bois-Bernard ne sont pas exempts des menaces répandues ailleurs :

  • Urbanisation (lotissements, routes, plateformes logistiques)
  • Drainages agricoles et assèchements
  • Polluants agricoles (nitrates, pesticides) et domestiques
  • Espèces invasives (Renouée du Japon, écrevisses américaines...)
  • Fréquentation non maîtrisée : piétinement massif ou dépôts sauvages

L’exemple local le plus marquant reste le site de la « Marais d’Hénin », qui a perdu près de 20% de sa surface humide depuis 1980 (source : Syndicat mixte du SCOT Hénin-Carvin), et où la remontée de la nappe phréatique suite à l’arrêt de l’exploitation minière fragilise l’équilibre écologique.

Protéger les zones humides : cadres réglementaires et actions concrètes

Des lois, mais aussi de la concertation locale

Préserver les zones humides repose sur plusieurs dispositifs nationaux et européens :

  • Loi sur l’eau (1992, renforcée en 2006) : toute destruction subit désormais une procédure dite “éviter, réduire, compenser”.
  • Directive-cadre sur l’eau (DCE, 2000) : objectif de bon état écologique d’ici 2030 pour tous les milieux aquatiques, dont les zones humides.
  • Arrêtés de protection de biotope, sites Natura 2000, ZNIEFF : statuts qui concernent plusieurs sites locaux (Marais de la Glissoire, marais de la Souchez...).

Cependant, règlementer n’est rien sans implication des acteurs de terrain : collectivités, agriculteurs, associations, habitants, doivent être associés à la gestion et à la valorisation.

Des exemples d’initiatives efficaces sur notre territoire

  • Restauration écologique du marais de la Glissoire (Avion) : Depuis 2018, une collaboration entre la ville, le Conservatoire d’espaces naturels et le CPIE a permis d’y réintroduire pas moins de 5 espèces de plantes menacées, de réhabiliter les mares et de mettre en place des sentiers sur pilotis pour protéger la flore.
  • Maillage de haies et prairies humides à Leforest : En lien avec l’Agence de l’eau Artois-Picardie, des agriculteurs ont expérimenté un pâturage extensif et la plantation d’arbres têtards, pour maintenir le niveau d’humidité sans compromettre la production.
  • Lutte contre les espèces invasives à Bois-Bernard et Montigny-en-Gohelle : Des bénévoles procèdent à l’enlèvement régulier de la Renouée du Japon en concertation avec la mairie.

Comment s’impliquer localement ? Conseils et pistes d’action citoyenne

Chacun peut agir, à l’échelle individuelle ou collective :

  1. Participer à des chantiers nature : Beaucoup d’associations du secteur (GON, CEN, CPIE) proposent des sessions d’arrachage d’espèces invasives, de plantations ou de nettoyages de berges.
  2. Observer et signaler : Applications comme iNaturalist ou OpenObs permettent d’alimenter des bases de données utiles à la surveillance des milieux.
  3. Limiter le piétinement et sensibiliser : Rappeler à son entourage l’importance de rester sur les sentiers, éviter les dépôts ou feux sauvages.
  4. Réduire l’usage de pesticides et engrais dans son jardin : Toute goutte d’eau ruisselant vers les fossés alimente les zones humides, les produits chimiques aussi.
  5. Participer à la vie associative : Les clubs nature, collectifs citoyens et associations offrent des moyens de peser sur les politiques publiques locales.

Certaines communes (Dourges, Rouvroy) offrent même des formations de “sentinelles des zones humides” : identification des plantes, suivi du niveau d’eau, relevés de traces animales... des savoir-faire partagés gratuitement !

Valoriser les zones humides : de la contrainte à la ressource

Protéger, c’est bien, mais faire aimer, c’est mieux. Les zones humides disposent d’un potentiel pédagogique, culturel et touristique encore trop peu exploité.

Des outils pédagogiques et des animations de terrain

  • Sentiers sur pilotis aménagés à Roost-Warendin, observatoires de faune discrets (héronnières d’Oignies, mares pédagogiques à Noyelles-Godault)
  • Visites guidées scolaires et grand public, comme les balades natures du CPIE Chaîne des Terrils
  • Expositions itinérantes ("Les mares, clés de la biodiversité locale", proposée par le Parc naturel régional Scarpe-Escaut)

Les animations “pêche à la balance”, “chasse aux traces” ou fabrication de radeaux flottants connaissent un succès grandissant, réconciliant habitants et milieux humides.

Économie locale : un atout insoupçonné

Les zones humides, loin d’être improductives, génèrent des emplois verts : gestionnaires de sites, animateurs, agriculteurs engagés dans la fauche tardive (label “Prairie fleurie”), écotourisme (location de canoës, gîtes de nature), restauration favorisant les produits issus de ces milieux (agneau de prés-salés, miel de marais…).

Selon une étude WWF France (2021), chaque euro investi dans la restauration d’une zone humide génère entre 1,4 et 3 euros de bénéfices pour la collectivité (via la prévention des inondations, l'amélioration de l’eau potable, le tourisme).

Des solutions innovantes et locales­

Techniques inspirantes déjà en œuvre dans la région

  • Décanteurs végétalisés pour limiter la pollution des eaux de ruissellement sur le parc d’activités du Bois Rigault : emploi de plantes filtrantes pour piéger les matières en suspension et les hydrocarbures.
  • Renaturation assistée des fossés urbains à Oignies : création d’une mosaïque de micro-habitats pour retrouver une zone de frayère à amphibiens avec la participation des écoles.
  • Gestion différenciée des espaces verts urbains : réduction de la tonte, fauchage tardif ou pâturage pour préserver la flore des bords de cours d’eau et fossés.

Opportunités pour le futur

  • Développement de circuits courts avec produits issus des milieux humides
  • Création de refuges urbains pour la faune amphibie lors de projets d’aménagement
  • Valorisation du patrimoine oral et artistique lié aux zones humides locales (récits de vie, légendes, traditions populaires)

Regards croisés : paroles d’acteurs

Nom Fonction Message clés
Sophie L. Animatrice nature “La découverte du chant des crapauds en pleine nuit a plus d’impact que dix explications sur le rôle des mares.”
Mathieu G. Agriculteur “Quand j’ai arrêté de drainer mes parcelles humides, j’ai gagné sur la qualité de mes foins et sur la diversité des bestioles dans mes prés.”
Khalid B. Urbaniste “Imposer un mètre carré de zone humide pour chaque lotissement permet d’éviter des problèmes de saturation du réseau et de préserver la fraîcheur en été.”

À imaginer : territoire humide, territoire vivant

Les zones humides sont bien plus que des réservoirs de biodiversité : elles façonnent le paysage, invitent à la contemplation, à l’observation du vivant, à l’innovation partagée. Le changement climatique accentue leur rôle stratégique, tant pour limiter la canicule que pour stocker l’eau lors des à-coups météorologiques soudains.

Imaginer des quartiers en lien avec ces milieux, des écoles jusque dans la roselière, des marchés de producteurs “de marais”, ce n’est plus une utopie. C’est un engagement quotidien—but technologique et sensible—qu’il appartient à chacun d’incarner, habitant ou élu, expert ou promeneur.

Le territoire d’Hénin-Carvin, à la croisée de l’Artois, du bassin minier et du Parc naturel régional, possède avec ses zones humides un patrimoine naturel à la fois fragile, indispensable et porteur d’avenir.

Sources : INPN (2018), Ramsar (2018), ministère de la Transition écologique (2022), WWF (2021), OFB (Office français de la biodiversité, 2021), PNR Scarpe-Escaut.

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