Voyage au fil de l’eau : de la Deûle au canal de Lens, mémoire vivante du territoire
Entre l’immensité des plaines humides et la silhouette des terrils, le Nord–Pas-de-Calais n’a jamais vécu loin de ses eaux. L’histoire du canal de Lens et...
15/02/2026
Du ru ombragé au vaste marais, en passant par les anciens fossés miniers, les territoires humides d’Hénin-Carvin sont des poches de vie souvent insoupçonnées. La flore qui s’y développe compose une mosaïque singulière : chaque plante, bien plus qu’une “mauvaise herbe”, joue un rôle, raconte l’histoire du sol, du climat, des hommes et des rivières. Comprendre quelles espèces colonisent ces milieux, c’est comprendre une part vivante de notre patrimoine écologique local.
Avant de plonger au cœur des espèces phares, il faut rappeler la diversité des zones humides régionales, particulièrement sur le secteur d’Hénin-Carvin :
Encore souvent menacées (drainage, pollution, remblaiement), ces zones humides hébergent pourtant une biodiversité bien supérieure à leur apparence discrète.
Que retrouve-t-on si l’on flâne discret à la lisière des roseaux ou au bord d’un marais printanier ? Petit tour d’horizon des espèces les plus emblématiques observables entre Hénin-Beaumont, Courrières et Oignies.
Surnommée “quenouille”, la massette structure la plupart des fossés en eau. Son épi brun chocolat, très visible dès l’été, cache un rhizome puissant qui participe à stabiliser les berges. Elle filtre certains polluants – azote, phosphore – et abrite nombre d’oiseaux nicheurs comme la rousserolle. Source : Tela Botanica.
Constitue l’ossature des « roselières », ces forêts mouvantes où résonnent les chants du ragondin ou de la bouscarle. Présent à l’état quasi monospécifique sur plusieurs hectares localement. Sa croissance fulgurante (jusqu’à 4 mètres en une saison !) le rend précieux pour retenir les berges, mais il concurrence parfois les espèces plus rares. Source : Biodiversité Wallonie.
Parée de jaune au printemps, cette espèce signe l’arrivée des beaux jours sur nos rivières. Elle tolère même l’eau stagnante et prévient l’érosion par ses touffes épaisses. Sa présence indique souvent un marais sain encore peu pollué. Elle est protégée dans plusieurs régions, bien qu'encore fréquente localement. Source : INPN, Muséum National d’Histoire Naturelle.
Appelée parfois “herbe à la fièvre”, elle trône sur les parties semi-ombragées des marais. Maxi-pollinisatrice, c’est une “station essence” pour papillons en fin d’été (notamment le Vulcain). Elle trahit souvent une eau moyennement eutrophisée, c’est-à-dire enrichie en nutriments. Source : Conservatoire Botanique National de Bailleul.
Ses panicules blanches, mellifères, embaument les prairies marécageuses dès juin. Médicinale, elle est riche en dérivés salicylés (précurseurs de l’aspirine). Elle affectionne les sols inondés quelques semaines par an, rareté géographique précieuse. Source : CBNBL.
Ce groupe forme un “tapis-bermuda” naturel des berges. Jusqu’à 10 espèces de carex, dont le rare Carex vulpina (Laîche vulpine), cohabitent localement. Les cypéracées préfèrent les sols inondés l’hiver puis asséchés l’été, typique des marais résiduels des anciens terrils. Source : CBNBL.
Plante d’introduction ancienne, souvent issue des jardins, à feuille acérée et senteur camphrée, elle colonise aujourd’hui les parties calmes des berges. Réputée pour ses propriétés dépolluantes, elle a été plantée dans certains plans d’eau de la région lors de projets de phyto-épuration. Source : Tela Botanica.
L’été venu, une simple bousculade dans le talus révèle son parfum inoubliable. Elle signale la proximité immédiate de l’eau et participe à la stabilité des berges. Elle attire libellules et pollinisateurs divers. Source : Tela Botanica.
Petite plante flottante, parfois méconnue car elle “disparaît” sous l’épais roseau à la belle saison, mais star des mares secondaires et bras morts de la Deûle. Elle sert de nurserie à de nombreux amphibiens, preuve de la bonne qualité du site. Source : CBNBL.
Dernière rareté locale, l’écuelle d’eau n’est jamais abondante mais elle survit dans certains marais pâturés et fossés. Protégée au niveau national, sa présence mérite le détour ! Source : INPN.
On pourrait croire la liste figée, mais elle évolue. Certaines espèces révèlent, aussi, la mémoire industrielle de la zone :
Parfois, des plantes exotiques s’invitent : Jussie (Ludwigia spp.), Renouée du Japon… Elles concurrencent la flore autochtone, transportées par les hommes, les travaux, ou les inondations. Les collectivités locales redoublent aujourd’hui d’efforts pour les gérer (plutôt que les éradiquer totalement, ce qui s’avère impossible), en privilégiant la restauration des habitats et la compétition par les espèces bien implantées.
Bien qu’un simple regard plongé dans les marais puisse suffire à deviner une flore discrète, rares sont ceux qui connaissent la diversité précise des plantes qui s’y aventure. Chaque espèce renseigne sur la qualité et l’histoire du site : où l’homme a creusé, où l’eau a stagné, où la nature a repris ses droits. Ces “colonisatrices de berges” sont aussi de formidables supports pour sensibiliser petits et grands à la fragilité de nos milieux humides.
Chacun peut devenir ‘guetteur de plantes’ au détour d’une promenade, en notant la moindre menthe froissée ou la découverte d’une écuelle d’eau. Les associations locales (Conservatoire botanique national, CPIE, clubs nature) proposent régulièrement des sorties sur ces thèmes. La connaissance diffuse, lentement, mais sûrement, compose la clef de voûte d’une protection réelle.