Secrets de plumes : les oiseaux qui fondent leur nid dans les bois d’Hénin-Carvin

07/12/2025

Des bois locaux aux ramages multiples

Sur le territoire d’Hénin-Carvin, on connaît les terrils, on s’attarde sur les plans d’eau, mais les bois – petits, morcelés, souvent discrets – recèlent une vie sauvage intense. Ici, la biodiversité persiste, se renouvelle et surprend. Chaque printemps relance la ronde des nichées : qui occupe les cavités, tisse soigneusement une coupe dans l’enchevêtrement de branches ou improvise à flanc de roncier ? Sur quelques hectares de boisements (Souchez, Escarpelle, Montigny, parcs urbains reboisés…), ce sont plusieurs dizaines d’espèces qui élisent domicile.

Au fil des inventaires, des balades matinales avec les ornithologues du GON (Groupe ornithologique et naturaliste du Nord-Pas-de-Calais), de discussions avec les animateurs de la Maison du Parc, on découvre une faune aviaire attachée aux fragments boisés de notre région. Petit panorama documenté, pour mieux se poster à l’ombre et observer la vie qui bat sous couvert.

Portraits des principaux nicheurs en sous-bois

Petits passereaux : discrets, mais omniprésents

  • Mésange charbonnière (Parus major) : Elle ignore rarement une cavité disponible, même dans une branche creuse ou un nichoir oublié. Présente dans presque tous les bois d’Hénin-Carvin, elle a été retrouvée nichant dans 95 % des parcelles suivies localement (« Diagnostic ornithologique du secteur Hénin-Carvin », GON, 2022).
  • Rougegorge familier (Erithacus rubecula) : Son chant flûté résonne dès mars et avise ceux qui fréquentent les lisières et les sous-bois denses. Ce solitaire niche en général à moins d’un mètre du sol, souvent dans un amas de racines ou de ronces.
  • Troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes) : Posé tout en bas de la canopée, parfois même dans un tas de branches mortes, son minuscule nid en boule est un chef-d’œuvre de camouflage. Présence régulière dans tous les bosquets, y compris urbains (Enquête STOC de la LPO, 2021).
  • Grimpereau des jardins (Certhia brachydactyla) : Ravi de parcourir les troncs à la recherche d’insectes, il installe ses nids sous l’écorce décollée. Un suivi spécifique dans le bois de la Souchez a dénombré 5 couples nicheurs sur moins de 10 hectares (Source : « Suivi avifaune 2021, bois de la Souchez », P. Descamps).

Cavernicoles : spécialistes des arbres creux

  • Sitelle torchepot (Sitta europaea) : L’artisane des troncs. Elle utilise une cavité, qu’elle maçonne avec de la boue pour ajuster l’entrée à sa taille. Sa présence indique des boisements qui offrent assez de vieux arbres. Sur le secteur, sa densité moyenne dépasse 2 couples pour 10 ha en milieux semi-naturels (GON, 2022).
  • Pics épeiche et pic vert (Dendrocopos major, Picus viridis) : Grands adeptes du martèlement sonore, ils creusent eux-mêmes leurs loges de nidification. Le Pic épeiche est plus commun, visible dans les alignements de bouleaux ou peupliers des anciennes friches minières. Le Pic vert, lui, préfère les lisières claires. Ensemble, ils participent aussi indirectement au logement de nombreuses autres espèces cavernicoles (étourneaux, chouettes, chauves-souris…).

Vedettes à surveiller : nicheurs rares ou inattendus

  • Chouette hulotte (Strix aluco) : Une stabilité rassurante pour l’emblème du bois mûr. Les inventaires de l’hiver 2019/2020 lui attribuent une dizaine de couples fidèles dans les principaux massifs boisés du territoire (enquête nocturne LPO Rodéos).
  • Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla) : Si commune qu’on la soupçonne parfois de passer inaperçue, elle tisse ses nids dans les sous-bois embroussaillés – portion précieuse d’habitats, y compris pour la lignée migratrice qui revient d’Afrique du Nord chaque année.
  • Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus) : Surpris lors de quelques soirées de repérage du côté de Dourges et Carvin, il n’utilise pas toujours de « nid » : il dépose ses œufs à même la litière, au pied de taillis clairs. Sa présence sur le territoire, bien que marginale (1 à 3 couples estimés, source GON/LPO), reste un témoin de la mosaïque d’habitats.
  • Bondrée apivore (Pernis apivorus) : Furtive, elle survole nos bois de la mi-mai à août, construisant un nid souvent perché à grande hauteur. Hiverne en Afrique, revient exprès pour profiter de nos riches populations de guêpes et bourdons.

Diversité et dynamiques nichées

Les bois du secteur Hénin-Carvin, souvent d’origine anthropique (anciens boisements miniers, replantations post-industrielles, parcs urbains...), n’offrent pas la même composition d’essences ni la continuité écologique d’une forêt ancienne. Pourtant, leur diversité structurelle (lisières, zones denses, clairières, sous-bois épais) attire une faune aviaire éclectique.

Sur 42 espèces nicheuses recensées par le GON en 2022 lors des inventaires annuels, le classement dominant reste celui des passereaux (80 % des effectifs nicheurs), mais on note la persistance de rapaces nocturnes, de quelques corvidés (geai des chênes, corneille noire), de pigeons ramiers et même, ponctuellement, de certaines espèces semi-urbaines (merle noir, étourneau sansonnet).

Nidification : une carte à plusieurs variables

  • Structure du bois : Les bois évolués, riches en vieux arbres et en bois mort, favorisent pics, sitelles, chouettes et espèces cavernicoles.
  • Présence du sous-bois : Indispensable aux fauvettes, troglodytes, merles et aux rongeurs, qui servent eux-mêmes de ressources pour les rapaces.
  • Clairières, lisières, ronces : Terrains de chasse ou d’installation pour de nombreux insectivores, mais aussi couloirs de passage pour des migrateurs.

Observer, recenser : méthodes et chiffres-clé

L’observation des oiseaux nicheurs dans les bois suit des protocoles affinés :

  • Point d’écoute matinal : Entre mars et juin, une douzaine de suivis STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs, LPO et Muséum national d’Histoire naturelle) sont réalisés localement.
  • Baguage : Sur certains secteurs, des campagnes de baguage permettent de suivre la fidélité de certains individus à leur site de nidification (mésanges, rouges-gorges, pics…).
  • Inventaires participatifs (JNDS, comptages LPO, Atlas de biodiversité) : Impliquent de plus en plus d’habitants, sensibilisés à la richesse cachée de ces bois (voir chiffres sur www.faune-france.org).

On estime à plus de 1 200 couples nicheurs, toutes espèces confondues, la vitalité des boisements du secteur Hénin-Carvin chaque saison (donnée extrapolée de GON/LPO 2017-2022).

Anecdotes et “petites surprises” ornithologiques locales

  • De la cigogne noire ! : En juillet 2019, un jeune spécimen a été observé en halte dans les bois de l’Escarpelle – événement rare pour une région aussi urbanisée (source : Observatoire Aves Nord).
  • Le retour du bruant zizi : Traditionnel dans les campagnes du sud, il revient certains printemps chanter à la lisière des bois de Dourges. Sa reproduction reste cependant incertaine localement.
  • Les parades nuptiales du pic noir : Entendu pour la première fois en drumming (« tambourinage ») puissant dans le parc boisé de Montigny en 2021, sans nidification prouvée ; à surveiller pour les prochaines années.

Préserver les bois, c’est protéger les nichées

Les résistances de la faune aviaire locale face à la pression urbaine tiennent à peu de choses : conservation de buissons, maintien de vieux arbres lors des coupes, création de « refuges LPO » dans les écoles ou chez les particuliers, limitation de la fréquentation des sous-bois au printemps…

Chaque action favorable – installer un nichoir, laisser des tas de branches, repousser la tonte en lisière jusqu’à juillet – a un réel impact sur la diversité et la réussite des nichées. Chacun peut ainsi contribuer concrètement, même à petite échelle, à la dynamique de la mosaïque boisée d’Hénin-Carvin.

Sources : Groupe ornithologique et naturaliste du Nord-Pas-de-Calais (GON), LPO Pas-de-Calais, Muséum national d’Histoire naturelle, Observatoire Aves Nord, www.faune-france.org

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