Voyage au fil de l’eau : de la Deûle au canal de Lens, mémoire vivante du territoire
Entre l’immensité des plaines humides et la silhouette des terrils, le Nord–Pas-de-Calais n’a jamais vécu loin de ses eaux. L’histoire du canal de Lens et...
22/08/2025
Un micro-habitat, c’est un abri, une cache, un support de vie temporaire ou durable pour le vivant non-humain, dont la taille ne dépasse parfois guère celle d’une brique. Contrairement à une « zone naturelle » entière, il s’agit ici de portions restreintes : anfractuosités, bords oubliés, coins humides de voirie, bois morts ou vieux murs. En ville, la rareté de grands espaces pousse une foule d’organismes à miser sur le moindre interstice.
Sans micro-habitats, toute une part de la biodiversité urbaine s’effilocherait, emportant ses régulateurs de ravageurs, ses pollinisateurs et ses acteurs du recyclage biologique.
Les prairies de bords de route, placettes d’herbes folles ou pieds d’arbres fleurissent timidement dans une ville traditionnellement allergique à la « mauvaise herbe » : or, un seul mètre carré de pelouse haute ou non fauchée peut héberger plus de 40 espèces de plantes dans nos régions, dont trèfle, pissenlit, plantain, quelques orchidées et autres « simples » (étude Plante & Cité, 2019).
Les herbes de trottoir, si décriées, servent quant à elles d’abri contre le piétinement, de sources alimentaires pour coléoptères, de couveuses pour les œufs de sauterelles et d’escargots. Sur moins de 10 cm de large, ce microcosme alimente aussi la dissémination des graines par le vent ou les passants.
Bénéficiant d’un arrosage régulier et de substrats peu perturbés, les parterres communaux accueillent souvent des espèces discrètes : lombrics, perce-oreilles, lézards des murailles. En périphérie des écoles ou sur les ronds-points, on peut parfois identifier plus de 120 vers de terre au mètre carré (rapport de l’INRA, 2018), jouant un rôle clé dans l’aération et la fertilité du sol.
Les vieux murs en brique, décrépits ou envahis de lierre, sont des micro-habitats précieux. Voici ce qu’on y retrouve souvent :
Même les escaliers en béton de parcs ou d’immeubles voient croître du polypode, et recèlent, aux angles abrités, des fourmilières parfois anciennes de plusieurs années.
Rares mais significatifs, les petits murs de pierres sèches employés comme bordures ou murets de square servent :
Certains bancs et barrières en bois laissent également s’installer du mycélium de champignon et quelques larves de xylophages, ces insectes précieux dans la décomposition du bois mort.
On les sonde rarement : de faibles creux où l’eau stagne après une pluie. Pourtant, une simple flaque de deux semaines peut suffire à l’éclosion de larves de moustiques, à la baignade de moineaux ou au point d’eau des abeilles.
Innovations datant de moins de vingt ans dans la région, ils sont conçus avant tout pour gérer les eaux de ruissellement lors d’orages. Mais ils deviennent refuges pour grenouilles, libellules, plantes hélophytes et oiseaux. D’après le Cerema, un bassin d’une centaine de mètres carrés peut abriter jusqu’à 30 espèces végétales et autant d’espèces animales (hors microfaune du sol).
L’intérêt grandissant de certaines communes du Nord pour la pose de gîtes à chauves-souris (source : Programme « Chiroptères et Territoires », Nature en Ville, 2020) offre une nouvelle gamme de micro-habitats aériens, nécessitant peu d’espace mais une installation minutieuse.
Les bouches d’aération inutilisées, anciennes boîtes aux lettres transformées en abri de coccinelles, ou encore vieux pneus utilisés comme jardinières de pieds d’arbres : la créativité locale contribue, souvent sans le savoir, à la formation de micro-habitats adaptés à la faune urbaine.
Au-delà de la simple curiosité, la présence de micro-habitats structure la capacité de la ville à résister aux crises écologiques. Faute de s’en soucier, la perte de ces refuges banalise non seulement nos paysages : elle amplifie aussi le phénomène d’îlots de chaleur, l’érosion des sols, la diminution des pollinisateurs et, à terme, fragilise notre qualité de vie urbaine.
À Hénin-Carvin, cartographier les talus, recenser les pisé des aires de jeux, suivre l’évolution des bords d’école, permettrait d’identifier les points forts à préserver, les « corridors de vie » à ne pas tondre au cordeau, et surtout, d’éveiller de nouvelles vocations d’observateurs chez les habitants.
Le véritable enjeu consiste à ne plus voir la ville comme une succession de « vastes surfaces mortes », mais comme un patchwork de mondes à explorer, à soutenir, à célébrer. Que l’on soit gestionnaire d’espace, promeneur, élu ou éducateur, chaque mètre carré de micro-habitat est une victoire du vivant en ville. Prendre le temps de le découvrir, c’est aussi s’armer collectivement pour la transition écologique à venir.