Explorer les mares et étangs emblématiques d’Hénin-Carvin : trésors naturels entre eau et terre

09/02/2026

Les plans d’eau : un patrimoine bien caché en cœur de territoire

Quand on évoque les milieux naturels du bassin minier, les premières images qui surgissent sont souvent celles des terrils noirs, des friches industrielles, ou des grandes artères urbaines. Pourtant, en s’attardant le long des chemins creux, dans les replis des lotissements ou au bord des vieux rails, on découvre tout un réseau de mares et d’étangs, discrets et vivants.

Ces zones humides, parfois vestiges du passé minier ou agricoles, parfois issues d’initiatives récentes pour la biodiversité, représentent les oasis d’eau du territoire. Dans la communauté d’agglomération Hénin-Carvin, on recense plus de 200 plans d’eau naturels et artificiels (source : Observatoire Régional de la Biodiversité Hauts-de-France, 2022). Même si tous ne sont pas accessibles ni remarquables au sens patrimonial, plusieurs sites se distinguent par leur richesse écologique, leur histoire ou tout simplement leur beauté singulière.

  • Quels sont ces sites d’exception ?
  • Où les trouver ?
  • Pourquoi méritent-ils le détour ou la halte prolongée ?

Mares et étangs : cartographie des lieux incontournables

1. Les étangs de la Galance à Oignies

  • Localisation : Frange nord de la commune d’Oignies, entre l’autoroute et le site du 9/9bis
  • Superficie cumulée : Environ 12 hectares
  • Nature : Système de plusieurs étangs interconnectés, d’anciennes ballastières

Les étangs de la Galance sont nés de l’extraction du ballast pour la voie ferrée, puis partiellement réaménagés et laissés à la reconquête naturelle. On y croise régulièrement Cygne tuberculé, foules de foulques macroules, mais aussi le discret triton crêté (espèce protégée, rare dans la région). Depuis 2018, le site accueille chaque printemps des opérations de baguage d’oiseaux, qui ont mis en lumière une diversité impressionnante pour un espace en lisière urbaine : plus de 60 espèces d’oiseaux nicheurs recensées sur site (source : Nord Nature Chico Mendès).

  • Abris de libellules menacées
  • Présence d’une grande roselière, rare à cette échelle locale
  • Sentier piéton aménagé, visites naturalistes ponctuelles organisées par la MEL et le GON

2. La mare des Pâtures à Carvin

  • Localisation : À la sortie ouest du centre-ville, au cœur du Parc des Pâtures
  • Superficie : Environ 1200 m²
  • Particularité : Véritable relique bocagère

Située en plein espace urbain, la mare des Pâtures surprend par sa flore : la massette à larges feuilles, le rubanier, ou encore de vieux saules têtards marquent ses rives. Ce plan d’eau, longtemps entretenu par le pâturage des chevaux des fermes voisines, abrite une population de grenouilles rousses exceptionnelles pour le secteur. En 2021, les inventaires réalisés par le GON (Groupe Ornithologique et Naturaliste du Nord-Pas-de-Calais) ont mis au jour la présence de plus de 8 espèces d’amphibiens et une colonie de 60 canards chipeaux hivernants.

  • Zone pédagogique aménagée, panneaux explicatifs sur la faune
  • Animations scolaires et familiales toute l’année

3. Les mares de la Cité du Bois à Montigny-en-Gohelle

  • Localisation : Cœur du quartier du Bois, en lisière du terril 110
  • Historique : Créées dans les années 1930 pour l’arrosage des jardins ouvriers

Ces petites mares n’ont l’air de rien vues du ciel, mais leur rôle écologique dépasse de loin leur superficie. En plein cœur d’habitat dense, elles forment un chapelet de points d’eau essentiels pour :

  • Le retour du crapaud calamite (espèce en danger régional selon l’INPN)
  • Le passage migratoire printanier de la rainette arboricole
  • La reproduction du hérisson d’Europe, grand amateur d’insectes aquatiques

La dynamique associative locale permet d’assurer un suivi annuel, en lien avec les centres sociaux et la Ligue de Protection des Oiseaux. Une vraie success story de nature urbaine et populaire.

4. L’étang Saint-Liévin de Dourges

  • Localisation : Entre Dourges et Hénin-Beaumont, à l’extrémité du Parc Evasion
  • Superficie : 2,5 hectares
  • Ancienneté : Tracé datant de la fin du XIXe siècle

Si l’étang Saint-Liévin est surtout connu des pêcheurs et promeneurs, c’est aussi un observatoire privilégié pour suivre la vie des milieux aquatiques. On y observe la nidification du grèbe huppé, ainsi que d’importantes populations de notonectes (insectes aquatiques, dits « abeilles d’eau »). Le site est ponctué de boisements rivulaires accueillant la sittelle torchepot et, plus rarement, le martin-pêcheur d’Europe.

  • Chemin piéton et accès aux personnes à mobilité réduite
  • Points d’observation signalés sur le sentier
  • Animations pêche, ateliers nature avec Vivabord et la fédération de pêche 62

5. Les mares pédagogiques du Parc de la Weppes à Courrières

  • Localisation : Parc de la Weppes, côté est, derrière le stade municipal
  • Création : 2015, dans le cadre d’un projet européen (Life+ Biodiversité)

Pensées pour l'éducation à l’environnement et la lutte contre l’érosion de la biodiversité locale, ces mares sont de véritables laboratoires à ciel ouvert. Elles servent de support à plus de 30 classes par an et accueillent une flore rare (lysimache, bistorte) et de petits groupes de sonneurs à ventre jaune – amphibiens protégés signalés lors du suivi communal 2023.

  • Tables, passerelles et pontons pour l’observation et l’accueil des groupes
  • Suivi scientifique avec le CPIE Chaîne des Terrils

Des mares paysagères aux reliques industrielles : origines diverses, biodiversités contrastées

Les mares et étangs de la région racontent une histoire multiple :

  • Des anciens bassins d’affaissement minier devenus joyaux de biodiversité, accueillant, par exemple, la couleuvre à collier ou le rare butor étoilé (voir rapport DREAL 2022, "Flore et Faune des Terrils du bassin minier")
  • Des mares de prairie souvent rescapées de l’essor rural, aujourd’hui essaimées en milieux périurbains (mémoires de bocage, vieilles bornes des exploitations agricoles)
  • Des plans d’eau créés pour la gestion des eaux pluviales, mais peu à peu colonisés par la vie sauvage : libellules cordulegaster, salamandres, ou la sarcelle d’hiver aperçue pour la première fois à Noyelles-Godault début 2023

Ces sites jouent un rôle-clé pour :

  • Le maintien de corridors écologiques en zone urbanisée
  • La régulation naturelle des crues et ruissellements
  • La limitation de la pollution des eaux, par filtration via les roselières et amphibiens

Les inventaires récents menés par le CEN Nord-Pas-de-Calais identifient 22 espèces protégées inféodées aux mares du territoire Hénin-Carvin : oiseaux d’eau et limicoles, amphibiens, plantes aquatiques.

Anecdotes et secrets de territoire autour des points d’eau

  • Parmi les mares du secteur de Rouvroy, celle du Chemin des Crépins a connu, au printemps 2021, la reproduction simultanée d’au moins 5 espèces d’amphibiens, fait rare dans la région selon les naturalistes locaux.
  • À Leforest, la petite « mare de la Gare » sert de site de prénidification à la cigogne blanche depuis 2022, suite à l’abandon temporaire du site par les pêcheurs.
  • Plusieurs plans d’eau jouxtant le parc des îles de Hénin-Beaumont sont aujourd’hui jalousement cachés par les riverains, qui organisent des « tours des grenouilles » à la nuit tombée, pour assurer la tranquillité des amphibiens lors des parades nuptiales.

Autre fait peu connu : sur les marges de l’ancien terril Sainte-Henriette, à Billy-Montigny, la mare formée dans une cuvette d’affaissement minier a récemment vu l’apparition d’un mini-écosystème de plantes aquatiques exotiques, introduites par mégarde via des aquariums domestiques. Cela demande aujourd’hui l’intervention du CEN et de volontaires pour enrayer la propagation de la jussie, espèce invasive.

Pourquoi préserver et découvrir ces milieux aquatiques ?

  • Une biodiversité exceptionnelle : 38 espèces d’oiseaux d’eau recensées dans les seuls étangs d’Oignies entre 2018 et 2022 (source : LPO Pas-de-Calais).
  • Un effet tampon climatique : Les mares urbaines réduisent de 30% la température ressentie dans leur microzone par rapport à l’environnement immédiat lors des pics de chaleur estivale (étude CEREMA sur l’effet îlot de fraîcheur, 2020).
  • Des rencontres inattendues : Sur certains sites, la présence du triton crêté, espèce classée vulnérable, a motivé de nouveaux projets locaux d’animation et de conservation (cf. Plan Régional d’Action sur les Amphibiens, DREAL Hauts-de-France, 2022).
  • Des leviers éducatifs puissants : Chaque année, plusieurs centaines d’enfants découvrent la distinction entre grenouille verte, crapaud épineux et salamandre tachetée lors des visites guidées scolaires sur les mares pédagogiques de Courrières et Montigny.

Quelques clés pour explorer : conseils de balade et précautions

  • Privilégier les visites en début de matinée ou en fin de journée au printemps, périodes d’observation maximales pour amphibiens, oiseaux nicheurs et libellules
  • Prévoir des bottes ou chaussures imperméables, le sol restant meuble et humide même en été
  • Garder une distance respectueuse avec la faune, notamment lors des périodes de reproduction ; l’observation à distance est la meilleure alliée de la nature
  • Pour les naturalistes amateurs : éviter d’introduire plantes ou animaux exotiques (escargots, poissons), même par jeu ou curiosité
  • Renseignez-vous sur les animations programmées auprès du CPIE Chaîne des Terrils ou des réseaux LPO-GON : atelier grenouilles, diagnostics participatifs, sorties ornitho sont fréquents d’avril à juillet

Inventorier, protéger, transmettre : une nature vivante à notre porte

En scrutant les mares et étangs d’Hénin-Carvin, c’est tout un patrimoine vivant, riche d’histoires individuelles et collectives, qui se dévoile. Loin des clichés de bassin minier « noir » ou « entièrement urbanisé », le territoire révèle, à qui sait ouvrir l’œil, une mosaïque aquatique fragile mais résiliente.

De la mare de quartier entretenue par quelques riverains à l’étang ouvert aux grands comptages régionaux, chaque plan d’eau contribue à préserver, sur le pas de notre porte, une diversité têtue. S’impliquer, transmettre, éveiller la curiosité… autant de gestes qui font souffler, sur ces fragments d’eau, l’air d’une vraie transition. À vous, désormais, d’aller voir, comprendre, et – pourquoi pas – aimer autrement ces zones humides, plus précieuses qu’elles n’en ont l’air.

  • Sources principales : Observatoire Régional de la Biodiversité Hauts-de-France ; DREAL Hauts-de-France ; Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement (CPIE) Chaîne des Terrils ; Groupe Ornithologique et Naturaliste Nord-Pas-de-Calais ; LPO Pas-de-Calais ; Nord Nature Chico Mendès ; CEREMA.

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