Voyage au fil de l’eau : de la Deûle au canal de Lens, mémoire vivante du territoire
Entre l’immensité des plaines humides et la silhouette des terrils, le Nord–Pas-de-Calais n’a jamais vécu loin de ses eaux. L’histoire du canal de Lens et...
29/12/2025
Découvrir la forêt, ce n’est plus seulement une histoire de randonnée classique ou de balade du dimanche. Aujourd’hui, l’éducation à la nature se renouvelle et remue nos certitudes : elle explore de nouveaux itinéraires, met à profit des outils inédits, vise une immersion complète, sensorielle autant que scientifique.
En France, forêt et biodiversité prennent une place grandissante dans l’imaginaire collectif, encouragée par l’urgence de la transition écologique : 17 millions d’hectares de forêts couvrent actuellement 31% du territoire métropolitain (IGN). Cette dynamique suscite un fort renouvellement des outils pédagogiques, partout en France, y compris en zones périurbaines comme Hénin-Carvin ou les anciennes plaines industrielles du Pas-de-Calais.
Le sentier sensoriel se différencie du parcours balisé classique par une approche multi-sensorielle, encourageant une exploration active par tous les âges. L’idée : ralentir, s’arrêter, faire confiance à ses sens pour forger une connexion avec son environnement.
De telles initiatives existent désormais près de Lens, dans la forêt de Raismes-Saint-Amand, et sur les sites réhabilités de l’Aquaterra (Carvin), où le Parc Naturel Urbain propose ces “bains de nature” accessibles aux scolaires comme au grand public.
Le parcours naturaliste est centré sur la découverte des espèces qui habitent la forêt, végétales ou animales, souvent par le biais de relevés et d’observations participatives.
Certains parcours incluent des relevés simples, parfois géolocalisés via smartphone, permettant de contribuer à des sciences participatives (Vigie-Nature, INPN Espèces).
Les méthodes ludiques trouvent une place croissante dans les raisonnements pédagogiques forestiers, fédérant familles, jeunes et moins jeunes autour de buts communs : trouver un “trésor”, résoudre des énigmes, laisser une trace éphémère.
Ces expériences, valorisées par les centres d’accueil pour jeunes (notamment CPIE Chaîne des Terrils), permettent de stimuler l’esprit critique des participants autant que leur créativité.
Le numérique gagne progressivement l’univers forestier, avec des applications et du matériel qui enrichissent l’expérience tout en préservant l’autonomie de chacun.
L’équilibre reste essentiel : l’usage du numérique ne remplace pas la présence, il la complète, et doit favoriser une mise à distance du téléphone au profit du ressenti in situ.
La forêt se découvre aussi dans le lien avec les autres : sorties menées par des guides nature, classes vertes, ou chantiers écocitoyens.
Ces expériences collectives sont appuyées par un solide réseau d’animateurs nature à l’échelle du bassin minier et de la région, dont l’implication reste souvent méconnue et qui, pourtant, garantissent l’ancrage local des pratiques pédagogiques.
Multiplier les itinéraires pédagogiques permet de révéler toutes les dimensions d’une forêt : écologique bien sûr, mais aussi sensible, historique, créative.
Sur le territoire d’Hénin-Carvin, des initiatives émergent pour croiser ces approches : sentiers sensoriels sur les anciennes tranchées de la Première Guerre mondiale (Bois de Lauwin-Planque), ateliers de land art dans les forêts urbaines post-industrielles, inventaires multicritères incluant la mémoire ouvrière et les témoignages de riverains. D’autres territoires vont jusqu’à coupler balade forestière, enquête ethnographique et sciences participatives (parcours “Arbres Vénérables” du CPIE Val d’Authie).
Les chiffres le rappellent : une forêt périurbaine bien vécue soutient la santé, la cohésion sociale et la fierté d’un territoire (Rapport Sénat 2021). Mais encore faut-il rendre ces forêts désirables et accessibles au plus grand nombre, loin des clichés et des barrières invisibles. Les itinéraires pédagogiques, parce qu’ils encouragent la rencontre avec la diversité du vivant, sont de précieux leviers pour transformer nos manières d’habiter le monde.
Demain, les forêts régionales, même modestes, gagneront en valeur à chaque nouvelle initiative pédagogique, à chaque alliance entre éducateurs, naturalistes, citoyens et enfants du quartier. En réinventant l’itinéraire, la forêt redevient source de récits, de connaissances et d’appartenance, prête à offrir au promeneur curieux bien plus qu’un simple écrin de verdure.