Plongée au cœur des grands massifs boisés d’Hénin-Carvin : repères, histoires et secrets sylvestres

28/11/2025

Repérer et comprendre la forêt dans le paysage d’Hénin-Carvin

La Communauté d’Agglomération Hénin-Carvin, vaste territoire du Nord-Pas-de-Calais, porte encore aujourd’hui les cicatrices de son histoire minière et industrielle. Mais elle est aussi, peut-être contre toute attente, marquée par la présence de remarquables espaces boisés — entremêlés aux faubourgs, franges agricoles, terrils et axes ferroviaires.

Les forêts, véritables poumons verts du territoire, s’y insèrent en mosaïque, souvent à l’écart des regards pressés. Ces espaces abritent une biodiversité rare à l’échelle du bassin minier, des témoignages de l’histoire locale, et offrent des corridors écologiques précieux, à découvrir au fil de chemins encore parfois secrets.

  • Surface boisée cumulée dans l’Agglomération : Environ 900 hectares de forêts publiques et privées, soit près de 5% du territoire (Source : CAHC, INPN) ;
  • Fragments issus de l’exploitation minière : une part significative des massifs se sont développés sur ou autour d’anciens sites miniers ou industriels ;
  • Boisements naturels et plantations humaines se côtoient, créant des espaces à la fois sauvages et anthropisés.

Quels sont les plus grands massifs boisés d’Hénin-Carvin ?

Voici un tour d’horizon des principaux ensembles forestiers, avec leur superficie indicative, leur localisation précise, et quelques éléments qui les rendent uniques dans le paysage :

Nom du massif Commune(s) Superficie estimée Statut
Bois des Hautois Oignies, Libercourt Env. 280 ha Privé, Parc accessible
Bois de l’Alouette Dourges, Montigny-en-Gohelle Env. 110 ha Privé, Parcelles communales
Bois du Chêne à Leu Hénin-Beaumont Env. 75 ha Communal
Bois de la Blanche Voie Noyelles-Godault, Courrières Env. 50 ha Mixte
Terrils boisés et espaces associés Oignies, Courrières, Hénin-Beaumont Plusieurs terrils (5 à 60 ha chacun) Public/privé, E spaces naturels sensibles (ENS)

Focus 1 : Le bois des Hautois, cœur forestier et poumon historique

Le Bois des Hautois est sans doute le massif le plus emblématique de l’agglomération. Situé à la frontière d’Oignies et Libercourt, il offre près de 280 hectares de boisements denses, de clairières et d’étangs, sur un socle jadis exploité par les Houillères. Ce bois, resté majoritairement privé, accueille cependant le parc public Jean-Jacques Rousseau, très fréquenté pour ses parcours de promenade, son arboretum et ses animations pédagogiques.

  • Des sentiers balisés et des zones d’accueil pour les familles ;
  • Une biodiversité forestière remarquable (chevreuils, renards, pics verts, rareté de la Scille à deux feuilles, etc.) ;
  • Un patrimoine minier ancien (anciennes cités minières, vestiges industriels, fossés d’assèchement) qui façonne les décors.

Focus 2 : Le bois de l’Alouette, un corridor vert entre deux villes

À cheval sur Dourges et Montigny-en-Gohelle, le bois de l’Alouette étend sa canopée sur plus de 100 hectares, fragmentés entre parcelles privées, bosquets communaux et lisières en friche. Longtemps enclavé, ce massif a récemment bénéficié d’aménagements pour préserver et valoriser ses lisières humides, ponctuées de mares et de saules têtards.

  • Présence d’un important gîte à chauves-souris (pipistrelles, noctules) dans des vieux arbres et ruines de maisons forestières ;
  • Un linéaire bocager typique, refuge d’innombrables passereaux et invertébrés ;
  • Espaces de gestion écologique mis en œuvre avec l’appui du Conservatoire d’Espaces Naturels Nord-Pas-de-Calais.

Focus 3 : Le bois du Chêne à Leu, nature et mémoire communautaire

À l’ouest d’Hénin-Beaumont, s’étale le bois du Chêne à Leu, environ 75 hectares de vieux bois, témoins d’un bocage ancien, ponctués de dépressions humides et d’arbres multi-centenaires. Il est propriété communale et régulièrement mis à l’honneur lors d’animations ou de chantiers nature.

  • Réservoir de biodiversité locale (huppe fasciée, grenouille agile, chêne pédonculé) ;
  • Forte valeur patrimoniale avec ses sentiers historiques jadis empruntés par les « chaufourniers » ;
  • Menaces actuelles par la fragmentation urbaine et les pressions de dépôts sauvages.

Des forêts atypiques : terrils boisés et espaces naturels de reconquête

La particularité du bassin minier est également son extraordinaire métamorphose des terrils, en « forêts verticales ». À Hénin-Carvin, certains des plus grands cônes de schiste (comme les terrils du 110 à Oignies ou 205 à Hénin-Beaumont) dépassent par endroits une cinquantaine d’hectares entièrement boisés. Ces forêts spontanées, principalement de bouleaux, saules et robiniers faux-acacias, évoluent sur un substrat difficile mais se révèlent de véritables réservoirs pour la faune rudérale et des refuges insoupçonnés pour des orchidées, chauves-souris, voire des espèces menacées comme la coronelle lisse (Coronella austriaca).

  • Le terril plat du 110 à Oignies, 53 hectares en mosaïque d’aulnaies, massifs fourrés et pelouses sèches, ENS animé par Eden 62 ;
  • Les terrils jumeaux 205 d’Hénin-Beaumont, colonisés par une forêt pionnière, site d’observation ornithologique ;
  • Des milieux de montée très rapide, qui donnent un aspect « forêt vierge » tout en portant la mémoire minière (INPN, 2023).

Le maillage bocager et les bois au fil des siècles

Avant le formidable essor minier du XIXe siècle, la plupart des zones aujourd’hui boisées d’Hénin-Carvin correspondaient en réalité à des bocages, « bosquets », parcelles agricoles humides ou forêts relictuelles autrefois bien plus étendues. Les cartes de Cassini (fin XVIIIe siècle) signalent plusieurs « petits bois » aujourd’hui disparus, grignotés depuis par l’urbanisation et l’industrialisation.

Ce n’est finalement qu’à la faveur de la reconversion industrielle et des politiques de reboisement (années 1970 à 1990 notamment) que les massifs tels qu’on les connaît aujourd’hui ont trouvé leur dimension actuelle.

  • Découpages fonciers parfois complexes : certaines parcelles sont en indivision, d’autres font l’objet d’un bail « minier », et quelques hectares relèvent du domaine public fluvial (Agence de l’Eau Artois-Picardie).
  • Vieux chemins forestiers encore présents, mais parfois effacés par des décennies d’abandon ou de transformations profondes du paysage.
  • Zones de boisement spontané particulièrement intéressantes pour le suivi de la biodiversité : à Oignies et Noyelles-Godault, des études de l’INPN ont montré l’arrivée de nouvelles espèces d’arbres (aulne glutineux, érable champêtre) grâce à la dynamique de lisière.

L’intérêt écologique des grands boisements de l’agglomération

Les massifs boisés d’Hénin-Carvin sont classés, pour certains, en Espace Naturel Sensible (ENS) par le Département du Pas-de-Calais, en ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique) ou encore identifiés comme réserves d’intérêt local auprès des collectivités. Voici ce que ces forêts apportent à tout le territoire :

  • Un effet tampon climatique grâce à l’îlot de fraîcheur créé par le couvert forestier ;
  • Des corridors écologiques pour la faune (petits mammifères, rapaces nocturnes, chauves-souris, batraciens) ;
  • Un réservoir de pollinisateurs profitant des clairières fleuries, favorables au maintien d’espèces patrimoniales (Source : Observatoire de la Biodiversité Hauts-de-France, 2023) ;
  • Des services récréatifs très demandés (randonnée, nature en famille, « bain de forêt », sorties botaniques ou naturalistes).

Certains bois abritent des espèces classées sur la « liste rouge régionale », dont l’engoulevent d’Europe, le lucane cerf-volant, ou encore deux espèces d’orchidées protégées localement (Dactylorhiza fuchsii, Ophrys apifera).

Zoom terrain : balades et accès (presque) secrets

Difficile de traverser Hénin-Carvin sans croiser au moins une futaie ou une bande d’arbres longeant un chemin. Si l’entrée de certains bois reste confidentielle, ou parfois déroutante, il est possible d’explorer :

  • Par le sentier du chemin de fer, depuis la gare d’Oignies jusqu’au parc Rousseau (Bois des Hautois), accessible et balisé ;
  • Via la voie verte Dourges-Montigny, qui longe sur 2 km le bois de l’Alouette ;
  • Par la promenade du Chêne à Leu, au départ de la rue du 8 Mai à Hénin-Beaumont, boucle de 3,5 km dans le bocage ;
  • Grâce aux animations d’Eden 62, sur les terrils ENS d’Oignies et Courrières, souvent en visite guidée (printemps/été) ;

De nombreux bois restent cependant difficilement accessibles en raison de leur propriété privée ou d’aménagements sommaires. La vigilance est donc de mise, en restant sur les sentiers balisés et en respectant la quiétude naturelle des lieux.

Patrimoine en devenir : menaces et perspectives pour les massifs boisés

L’avenir des grands boisements d’Hénin-Carvin n’est jamais définitivement assuré. Ils subissent plusieurs pressions, parmi lesquelles :

  • L’urbanisation galopante à la frange des forêts ;
  • Les dépôts sauvages et l’artificialisation des lisières ;
  • L’introduction d’espèces invasives (ex : Reynoutria japonica, robinier faux-acacia), qui modifient l’équilibre écologique ;
  • La fragmentation des milieux naturels par les infrastructures routières, mais aussi le retrait progressif de certains usages agricoles traditionnels (pâturage, fauche différée).

Pourtant, ces forêts restent au centre de nombreuses initiatives locales : gestion conservatoire, implication d’associations, chantiers jeunes, animations nature, etc. Une orientation qui confirme l’attachement profond des habitants à ces « poumons verts », leur rôle social et écologique fondamental.

À la croisée des sentiers, ces massifs sont bien plus que de simples décors : ils nourrissent la mémoire collective, offrent un refuge à l’étonnante biodiversité du bassin minier, et dessinent une trame verte précieuse pour l’avenir du territoire.

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