Plongée au cœur des espaces boisés : biodiversité discrète, richesses partagées

04/12/2025

Pourquoi s’intéresser aux espaces boisés ?

Dans le paysage d’Hénin-Carvin comme ailleurs dans le Nord–Pas-de-Calais, les espaces boisés représentent de véritables refuges pour la biodiversité. Qu’il s’agisse de forêts communales, de bosquets relictuels ou de boisements périphériques aux friches industrielles, leur importance dépasse de loin la simple présence d’arbres : ils sont autant de mondes superposés, abritant une mosaïque d’êtres vivants aux interactions subtiles.

D’après l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), environ 5 % du territoire du Pas-de-Calais est aujourd’hui couvert de boisements, dont de nombreux massifs mixtes, mais également des micro-forêts urbaines, en nette progression ces dernières années : depuis 2017, 21 communes du territoire ont planté ou étendu leur trame boisée (source : Département du Pas-de-Calais).

La végétation des bois : diversité, strates et espèces emblématiques

Structure et étagement : les strates, piliers de la biodiversité

  • Le couvert arboré, principalement composé de chênes sessiles (Quercus petraea), de frênes (Fraxinus excelsior), de bouleaux (Betula pendula) ou de hêtres (Fagus sylvatica), parfois ponctué d’érables et de charmes.
  • Le sous-bois arbustif, domaine des noisetiers, sureaux, aubépines et cornouillers, formant un écran à mi-hauteur indispensable à certains oiseaux.
  • La strate herbacée : tapis d’anémones des bois (Anemone nemorosa), violettes, ficaires mais aussi fougères, lamiers et germandrées, composant un sol mouvant au fil des saisons.
  • La mousse et le réseau fongique : souvent invisibles à l’œil nu, les champignons (plus de 300 espèces recensées en France métropolitaine, source : Société Mycologique de France) jouent un rôle primordial de recyclage et de fertilisation.

Espèces végétales remarquables et usages locaux

Dans les boisements de notre territoire, l’ail des ours (Allium ursinum) tapisse parfois les fonds humides, parfumant l’air en avril, tandis que les orchidées – dont l’ophrys mouche ou la platanthère à deux feuilles – peuvent s’installer sur d’anciens terrils forestiers (plus de 15 espèces d’orchidées sauvages recensées en Hauts-de-France, source CBNBL).

L’impact du changement climatique se fait sentir : le chêne pédonculé, longtemps dominant, recule peu à peu, remplacé localement par le charme ou l’érable champêtre, plus tolérants à la sécheresse (source : ONF). Un phénomène qui bouleverse les équilibres écologiques et favorise parfois l’installation d’espèces exotiques, telles que le robinier faux-acacia, déjà très présent notamment sur les lisières.

Habitants emblématiques des espaces boisés

Oiseaux : de la mésange au pic noir

Une soixantaine d’espèces d’oiseaux nichent ou fréquentent régulièrement les boisements du secteur (source LPO Pas-de-Calais). Au printemps, le tambourinage du pic épeiche s’entend jusque dans les secteurs urbains, signalant la vitalité des vieux troncs, indispensables à la nidification.

  • Le rougegorge familier (Erithacus rubecula) profite des fourrés pour tisser ses nids proches du sol.
  • Les mésanges charbonnières (Parus major) explorent tour à tour les cavités des vieux arbres.
  • L’épervier d’Europe (Accipiter nisus), discret, survole les futaies à la recherche de proies.
  • Le pic noir (Dryocopus martius), rare mais observé sur plusieurs sites du bassin minier, creuse de vastes loges servant ensuite d’abri à d’autres animaux.

L’installation de nichoirs favorise la présence de certains passereaux, surtout dans les zones fragmentées ou où le bois mort manque. Détail marquant : les études soulignent que la diversité des oiseaux est jusqu’à 3 à 4 fois plus élevée dans les boisements présentant une continuité écologique avec haies et mares à moins de 300 m (source : Muséum national d’Histoire naturelle).

Mammifères : du hérisson à la martre, qui se cache là ?

  • Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus), bien que plus souvent associé aux jardins, apprécie l’abri des bois clairs pour y hiverner.
  • Le renard roux (Vulpes vulpes) s’y faufile aux premières lueurs, profitant de ce biotope pour se reposer à l’écart de la route.
  • La fouine (Martes foina) et sa cousine la martre des pins (Martes martes), rarement vues mais parfois trahies par leurs crottes sur les troncs.
  • Dans les boisements humides, le muscardin (Muscardinus avellanarius), petit rongeur inféodé au noisetier, figure sur la liste rouge régionale : il dépend des lisières bien conservées.

Des observations récentes (programme Vigie-nature, MNHN) montrent une progression de la belette et du campagnol roussâtre dans les micro-boisements périurbains, qui servent de « corridors biologiques ».

Amphibiens, reptiles et insectes : une discrète mais riche compagnie

  • La salamandre tachetée (Salamandra salamandra) privilégie les sous-bois frais propices à la ponte dans les ornières et mares temporaires.
  • L’orvet fragile (Anguis fragilis), parfois appelé serpent de verre, glisse dans l’humus à la recherche de petits invertébrés.
  • Parmi les insectes, le lucane cerf-volant (Lucanus cervus), impressionnant coléoptère, ne subsiste que là où les vieux bois et souches sont abondants ; cette espèce est classée quasi-menacée sur la liste rouge nationale (UICN).

L’abondance d’insectes xylophages dans les boisements – scarabées, buprestes, cossus ou mégopes – conditionne la vitalité des sols et la diversité des espèces opportunistes qui s’en nourrissent.

Les espaces boisés : des refuges précieux dans un territoire fragmenté

Rôle dans la connectivité écologique : couloirs de vie

Les boisements jouent un rôle « d’autoroute verte » pour de nombreuses espèces, reliant entre eux mares, friches, cours d’eau et jardins. Sur le territoire d’Hénin-Carvin, une étude menée en 2022 par le CPIE Chaîne des Terrils a mis en évidence une corrélation directe entre la densité de haies et bosquets et la présence de cinq espèces rares d’oiseaux et mammifères protégés.

  • Le triton crêté (Triturus cristatus) a ainsi été observé à quelques centaines de mètres seulement des dernières zones boisées liées à d’anciens réseaux de haies ;
  • La présence du lérot (Eliomys quercinus), petit rongeur arboricole, dépend d’un maillage continu de fourrés buissonants et de vieux arbres à cavités.

Face aux pressions : fragmentation, dégradation, mais aussi reboisements

Entre 2009 et 2019, plus de 980 ha de boisements ont été grignotés par l’urbanisation dans le département, selon la DREAL Hauts-de-France. À l’inverse, des initiatives locales voient le jour :

  • Le projet « La forêt s’invite en ville » permet depuis 2021 la plantation de micro-forêts sur d’anciennes friches industrielles ou en zone périurbaine, suivant les principes de Miyawaki : plus de 40 essences locales plantées sur des densités élevées, favorisant l’enracinement d’une biodiversité spontanée après 2-3 ans seulement (source : CPIE Chaîne des Terrils).
  • Des Atlas de la Biodiversité Communale (ABC) sont mis en œuvre dans la région pour mieux cartographier la faune et la flore des espaces boisés jusqu’alors méconnus.

La clé restera la préservation des boisements en réseaux, la gestion écologique (fauche tardive, maintien du bois mort) et la mobilisation citoyenne pour transmettre le goût de l’exploration.

La flore et la faune boisées, source d’inspiration et de découverte

Explorer les espaces boisés, c’est renouer avec des équilibres souvent ignorés : l’apparition soudaine d’un chevreuil furtif au détour d’un chemin, l’observation d’une réglisse sauvage qui n’a pas encore livré tous ses secrets, ou le chant du torcol fourmilier, aujourd’hui rare, mais parfois observé lors de migrations.

La fréquentation des sentiers forestiers permet d’aiguiser son regard, d’identifier les indices de présence animale (coulées, plumes, restes de repas…), d’apprendre à distinguer une spergule d’une potentille, et de percevoir la valeur patrimoniale et sociale de ces fragments de nature urbaine ou périurbaine.

  • Les espaces boisés des villes et friches minières du bassin d’Hénin-Carvin accueillent des animations nature régulières (CPIE, LPO, groupes naturalistes locaux).
  • Des programmes de sciences participatives, tels que « Sauvages de ma rue » ou « Oiseaux des jardins », permettent depuis les bois de rapporter observations et données précieuses pour l’étude de la biodiversité.

Chaque visite ou inventaire offre une opportunité de réenchanter le territoire local et d’en mesurer la richesse au quotidien.

Pour aller plus loin : ressources et initiatives

Nos espaces boisés, denses ou clairsemés, naturels ou issus de la reconversion des anciennes industries, demeurent de puissants viviers de biodiversité et des lieux de transitions à observer, enrichir, transmettre. L’esprit de découverte, la curiosité et l’engagement collectif restent les meilleures garanties pour faire vivre ces îlots de nature au cœur de nos territoires – et préserver ce qui, encore aujourd’hui, relie la ville à la nature.

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