Voyage au fil de l’eau : de la Deûle au canal de Lens, mémoire vivante du territoire
Entre l’immensité des plaines humides et la silhouette des terrils, le Nord–Pas-de-Calais n’a jamais vécu loin de ses eaux. L’histoire du canal de Lens et...
26/03/2026
Autour d’Hénin-Carvin, le paysage raconte une histoire vivante de la cohabitation entre l’homme, l’industrie et la nature. D’anciens terrils recouverts d’orchidées, des friches où se faufilent des chevreuils, des excavations d’où s’élèvent des chants de grenouilles : ces milieux en transition – nés de la reconversion industrielle, de l’évolution agricole ou de la restauration de zones humides – offrent aujourd’hui de nouveaux refuges à la faune et à la flore.
Ces espaces, considérés parfois comme des « parenthèses » paysagères ou des interstices, jouent pourtant un rôle clé dans la richesse locale de la biodiversité. Une question centrale se pose alors : quelles espèces profitent vraiment de ces milieux ? Qui sont les hôtes discrets ou inattendus de ces zones en perpétuelle transformation ?
Parler de « milieux en transition », c’est évoquer des espaces en mutation, ni totalement sauvages ni strictement aménagés. Dans le secteur d’Hénin-Carvin, plusieurs types de sites illustrent ce phénomène :
Leur point commun : une dynamique écologique rapide et un attrait particulier pour nombre d’espèces opportunistes ou spécialisées. Dans ces paysages neufs, la compétition est moindre et la nature y innove, révélant souvent une biodiversité surprenante, parfois rare à l’échelle régionale.
Remarquées dès les premières années suivant la reconversion des sites, les populations d’oiseaux profitent largement de la diversité de ces habitats. Plusieurs espèces, autrefois rares ou cantonnées à d’autres milieux, trouvent désormais dans ces espaces des conditions idéales pour se nourrir, nicher ou simplement faire escale.
Les prairies humides temporaires, créées par les affaissements miniers ou la réhabilitation de plans d’eau, accueillent à la migration des Vanneaux huppés, Chevaliers sylvains et parfois même le spectaculaire Courlis cendré (Numenius arquata), l’un des limicoles les plus menacés d’Europe. Sur le secteur du marais de Galance, une dizaine d’espèces migratrices a été recensée lors du comptage 2023 de la LPO Nord – un record pour la zone.
Les milieux en mutation – carrières, points d’eau temporaires, prairies à sol mince – abritent l’une des plus grandes diversités d’amphibiens et de reptiles du département, avec le retour de quelques espèces patrimoniales.
Ces espèces démontrent la capacité de la faune à occuper des niches nouvelles, tant que les perturbations répétées (labourage, circulation) restent limitées.
Les floraisons saisonnières transforment les terrils et friches industrielles en véritables conservatoires naturels. D’après l’Atlas de la Flore du Nord-Pas-de-Calais (CPIE Châtellerie), plus de 120 espèces floristiques ont été recensées sur moins de 10 hectares de terril autonome, dont près de 30 espèces considérées comme patrimoniales.
La diversité de la flore attire à son tour insectes et pollinisateurs : sur la zone du terril Sainte-Henriette, plus de 35 espèces de papillons diurnes ont ainsi été recensées en moins de cinq ans (source : Plan National d’Actions Terrils du Nord-Pas-de-Calais, 2023).
Souvent discrets, les mammifères profitent davantage qu’on ne le croit de ces nouveaux paysages : chemins creux inoccupés, lisières de friches, herbes hautes et talus constituent des routes et refuges de choix.
On les oublie souvent, mais ce sont eux qui, les premiers, recolonisent les sols nus, digèrent la matière organique ou pollinisent les jeunes pousses. Selon une étude menée par l’Université de Lille (2019), on peut compter près de 125 espèces d’abeilles et bourdons sauvages sur une friche type de 5 hectares en périphérie d’Hénin-Carvin – trois fois plus que dans les zones agricoles cultivées intensivement.
Les milieux en transition illustrent à la fois la résilience biologique et la fragilité des équilibres territoriaux. Si de nombreuses espèces trouvent ici des opportunités uniques, ce sont souvent des milieux temporaires : l’embroussaillement, la reforestation spontanée ou l’artificialisation rapide menacent leur diversité. C’est toute la complexité de ces paysages : la richesse naît du mouvement, et la qualité de ces milieux dépend directement des choix de gestion locaux.
Sur le territoire d’Hénin-Carvin, plusieurs associations et collectivités expérimentent des modes de gestion innovants :
Plus qu’un simple décor, ces milieux en transition forment une mémoire vivante et un réservoir d’avenir. Leur observation rappelle combien la nature sait s’adapter, mais aussi combien elle requiert d’attention pour conserver un équilibre délicat. Ce sont des alliés précieux pour l’éducation à l’environnement, l’innovation écologique et la santé du territoire dans son ensemble.
À Hénin-Carvin et alentour, la prochaine surprise pourrait bien se cacher dans les herbes folles d’un talus oublié, sur les prairies humides d’une ancienne zone d’entrepôts … ou dans le vol furtif d’un courlis cendré au crépuscule.
Sources :