Forêts et bosquets : alliés méconnus du climat à nos portes

15/12/2025

Le climat, une affaire de racines et de feuillages

Les forêts et les petits bois, qu’on croise au détour d’un chemin ou sur les franges des villes d’Hénin-Carvin, ne sont pas que des refuges pour les balades du dimanche. Ils jouent un rôle clé dans la lutte contre le réchauffement climatique, bien au-delà du cliché idyllique du “poumon vert”. Chiffres à l’appui, retours de terrain et exemples locaux : tour d’horizon concret sur les multiples façons dont les espaces boisés protègent notre climat… et notre quotidien.

Stockage du carbone : quand les forêts deviennent des puits

La capacité des arbres à stocker du carbone est reconnue par la communauté scientifique mondiale. Lorsqu’ils poussent, les arbres captent le dioxyde de carbone (CO₂) de l’air et le transforment, via la photosynthèse, en matière organique, stockée dans leur tronc, leurs branches, leurs racines et même le sol. Ce rôle de “puits de carbone” est aujourd’hui central dans les stratégies climat des États, y compris en France.

  • Selon le Ministère de la Transition Écologique, le stockage annuel de carbone par les forêts françaises représente près de 15 % des émissions nationales de CO₂1.
  • En Europe, ce “puits” atteint plus de 360 millions de tonnes d’équivalent CO₂ capturées par an (source : Agence européenne pour l’environnement).
  • Dans un bois “âgé”, chaque hectare peut stocker de 100 à 300 tonnes de carbone, selon les essences présentes et l’état du sol (source : ONF).

À Hénin-Carvin, les bois des terrils ou le Bois de Florimond portent, à leur échelle, cette fonction silencieuse. Et ces espaces, parfois discrets, contribuent à l’absorption de carbone généré localement par nos déplacements et activités.

Les arbres, architectes du microclimat

La fraîcheur ressentie à l’ombre d’un bosquet n’est pas qu'une question de confort. Les espaces boisés modifient bel et bien le climat local : ils freinent l’élévation des températures dans leur voisinage, réduisent la sécheresse des sols et limitent l’intensité des canicules.

  • La différence de température sous couvert forestier peut atteindre 4 à 6°C de moins que sur une zone dégagée en pleine canicule (source : INRAE).
  • Les arbres libèrent de l’humidité via la transpiration foliaire, ce qui accroît le taux d’humidité ambiant et limite l’évaporation excessive du sol.
  • À l’échelle urbaine, la présence de massifs boisés (même petits) permet la création “d’îlots de fraîcheur”, observés et mesurés dans de nombreuses villes, incluant Lille et Lens (Étude CEREMA 2021).

Cela se vérifie lors des épisodes de fortes chaleurs dans les Hauts-de-France : les bois urbains et périurbains de la région nord passent pour de précieux refuges contre la surchauffe, pour les habitants comme pour la faune.

Des sols vivants, alliés contre les excès climatiques

Le stockage du carbone ne se limite pas au tronc des arbres. Les sols forestiers font office de vraies banques de carbone. Ils absorbent et stockent la matière organique sous forme de racines mortes, de feuilles en décomposition et d’humus.

  • En France, 60 % du carbone forestier se trouve dans le sol et la litière, contre 40 % dans la biomasse aérienne des arbres (source : IGN).
  • Un sol forestier préservé stocke en moyenne deux à trois fois plus de carbone qu’un sol agricole classique.
  • À l’échelle mondiale, les forêts retiennent entre 1,1 et 2,6 milliards de tonnes de CO₂ chaque année dans leurs sols (FAO).

Ces sols tempèrent aussi les effets de la sécheresse et des pluies violentes. Leur structure perméable limite le ruissellement, baisse le risque d’inondation et permet à l’eau de s’infiltrer, alimentant ainsi les nappes phréatiques dont dépend une partie de notre approvisionnement.

Des refuges biodiversité qui rendent service au climat

Un espace boisé, même modeste, héberge une myriade d’espèces — oiseaux, insectes, champignons — qui contribuent à la régulation naturelle de l’écosystème. Cette biodiversité aide indirectement à amortir les effets du réchauffement climatique.

  • Les grands arbres abritent souvent plus de 100 espèces différentes (source : ONB).
  • Des espèces comme les pics, les chouettes ou les chauves-souris participent à la régulation des populations de ravageurs agricoles.
  • Des micro-organismes du sol favorisent la rétention d’azote, ce qui limite certaines émissions de gaz à effet de serre d’origine agricole (source : INRAE, étude 2022).

La diversité floristique et faunistique rend aussi la forêt plus résiliente : elle résiste mieux aux sécheresses, maladies ou tempêtes, et maintient ainsi intacte sa capacité de stockage de carbone et d’atténuation climatique (IPBES 2020).

Des forêts en danger. Pourquoi protéger & diversifier ?

La santé des forêts n’est pas acquise. Le changement climatique actuel trouble leur équilibre : succession de sécheresses, évènements extrêmes, nouveaux ravageurs. Selon le GIEC, la capacité des forêts européennes à absorber le CO₂ pourrait diminuer de 17 % d’ici 2050 sans gestion adaptée.

  • En France, depuis 2018, plus de 300 000 hectares de forêts ont été affectés par au moins un épisode sévère de dépérissement (Météo-France/IGN).
  • Les monocultures d’épicéas ou de pins, sensibles aux maladies (comme la chalarose du frêne ou la scolyte de l’épicéa), rendent les massifs vulnérables et limitent leur adaptation.

Agir en faveur de la diversité des essences, protéger les vieux arbres et laisser certaines zones “en libre évolution” sont des solutions préconisées par les scientifiques — des approches qui pourraient être mises en œuvre à l’échelle locale dans nos territoires de terrains et de bois en reconquête.

Des solutions locales, aux portes d’Hénin-Carvin

Diverses initiatives, issues de collectivités, d’associations ou de citoyens, réinventent le lien au bois et à la forêt. Certaines ont vu le jour à Hénin-Carvin ou à proximité, inspirant de nouveaux modèles de gestion partagée et raisonnée.

  • La plantation participative de haies champêtres et de bosquets urbains (ex : projet “1000 arbres pour le Climat” à côté de Lens) favorise la capture de CO₂, la biodiversité, et redessine le paysage.
  • Le “Bois de Florimond”, géré par la commune et le CPIE Chaîne des Terrils, mêle sentiers pédagogiques, inventaires naturalistes et gestion écologique.
  • Sur le terril Sainte-Henriette à Harnes, un projet de ré-ensauvagement a permis l’installation spontanée de bouleaux, chênes, charmes — et leur observation par des groupes scolaires.

Au-delà du simple reboisement, la connexion entre fragments boisés (à travers corridors écologiques, friches, fossés bordés d’arbres) permet de lutter contre l’isolement des populations animales et végétales, renforçant la résilience globale aux changements rapides du climat.

Des gestes citoyens pour amplifier les effets bénéfiques des bois

Chacun peut contribuer à la préservation ou au développement des espaces boisés, même à son échelle. Quelques pistes concrètes :

  • Participer aux chantiers de plantation organisés par les collectivités ou les associations locales, souvent ouverts à tous.
  • Protéger et valoriser les lisières chez soi (en évitant la coupe systématique des arbres en bordure ou l’usage généralisé de pesticides).
  • Promouvoir la gestion différenciée des bords de route, des parcs ou des jardins collectifs pour laisser pousser des essences locales.
  • Soutenir les artisans du bois et les filières courtes, garantes d’une sylviculture durable.
  • Prendre part à l’observation naturaliste et au recensement (faune, flore, sols) pour enrichir la connaissance et guider les politiques locales.

Favoriser l’intelligence collective à l'échelle du territoire

La transition climatique ne se joue pas qu’au sommet des sommets ou dans les grands massifs du monde. Elle dépend aussi des choix faits ici, sur notre territoire, dans chaque fragment de bois, chaque haie plantée, chaque chantier où dialogue et expertise se mêlent. Les sociétés qui ont favorisé de vigoureux réseaux d’arbres (haies tressées dans le bocage picard, saules têtards dans le Nord-Pas-de-Calais) se sont construites contre vents et marées, dans le respect d’un équilibre fragile, sans jamais perdre de vue l’indispensable alliance entre nature et humain.

Reste à entretenir ce fil vivant, en renforçant le lien avec les acteurs de terrain, agriculteurs, éducateurs, citoyens et gestionnaires d’espaces naturels. Car la lutte contre le réchauffement climatique passera, immanquablement, par la diversité et la vitalité de nos espaces boisés — qu’ils forment une forêt monumentale ou un discret bosquet au creux d’un terril.

SOURCES :

  • Ministère de la Transition Écologique, chiffres 2023 - https://www.ecologie.gouv.fr
  • Agence européenne pour l’environnement, rapport sur le rôle des forêts (2022)
  • INRAE, Observatoire National de la Biodiversité
  • IGN, Rapport Forêt 2023
  • IPBES, Rapport "État de la biodiversité" 2020
  • CEREMA, "Îlots de fraîcheur urbaine", 2021
  • FAO, Rapport Forêts & Carbone 2021

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