Voyage au fil de l’eau : de la Deûle au canal de Lens, mémoire vivante du territoire
Entre l’immensité des plaines humides et la silhouette des terrils, le Nord–Pas-de-Calais n’a jamais vécu loin de ses eaux. L’histoire du canal de Lens et...
26/12/2025
La forêt – qu’on arpente à Hénin-Carvin, dans le Pas-de-Calais ou ailleurs – est à la fois refuge pour la biodiversité et source d’oxygène pour nos territoires. Selon l’IGN, la forêt française couvre 31% du territoire et abrite plus de 136 espèces d’arbres et des milliers d’espèces animales et végétales (IGN). Pourtant, seulement 20% de nos concitoyens déclarent connaître les règles du bon comportement en forêt (source : Office national des forêts). À chaque promenade, même la plus anodine, on influence ces équilibres fragiles. Adapter son comportement, ce n’est pas marcher sur des œufs : c’est marcher avec discernement et respect.
Quitter les chemins peut paraître anodin, mais ce geste favorise le piétinement de jeunes pousses, l’érosion des sols et la perturbation de micro-habitats (mousses, champignons…). Un sol forestier met jusqu’à 100 ans à reconstituer 1 cm d’humus (source : INRAE). Les animaux aussi en pâtissent : passereaux nichant au sol, petits mammifères fuyant aux moindres bruits…
La forêt n’est pas un espace silencieux – elle bruisse et pulse d’une vie souvent invisible. Toutefois, nos voix, cris et musiques portées par le vent peuvent désorienter et stresser la faune : une étude menée dans le Morvan a montré que la simple présence humaine suffit à modifier le comportement d’alimentation de plusieurs espèces d’oiseaux (Revue "Écosphère").
Même le plus calme des chiens peut, en quelques secondes, devenir source de frayeur pour la faune ou déranger des espèces protégées. Hors des sentiers autorisés, un chien est susceptible de perturber jusqu’à 80% de la petite faune sur 200 mètres autour de lui (source : OFB). Entre avril et juillet, période principale de reproduction, la vigilance s’impose.
La cueillette, geste ancestral, est souvent tentante. Pourtant, plusieurs plantes emblématiques des forêts du Nord–Pas-de-Calais, telles que l’anémone des bois, le muguet sauvage ou certaines orchidées, sont protégées par la loi. Même banaliser la cueillette de champignons ou de végétaux courants n’est pas sans conséquences : chaque année, près de 30 espèces sont menacées en France par la surexploitation, d’après l’UICN France.
Enlèvements de branches mortes, petits bouts de bois pour allumer un feu ou ériger une cabane : ces gestes sont lourds de conséquences. Le bois mort accueille plus de 1 700 espèces d’insectes en France (source : INPN), ainsi que de nombreuses mousses, champignons et petits mammifères. Leur disparition appauvrit la forêt.
Malgré les campagnes de sensibilisation, chaque année, 1 400 tonnes de déchets sont ramassés dans les forêts françaises par l’ONF. Du simple mouchoir à la canette, en passant par les restes de pique-nique, ces éléments modifient le cycle des sols, polluent, blessent la faune ou facilitent la propagation d’espèces invasives.
80% des incendies sont d’origine humaine en France, souligne le Ministère de la Transition écologique. Le feu, outre ses conséquences dévastatrices immédiates, stérilise le sol pour des années et déclenche des mouvements animaux paniqués. Le camping sauvage, lui, fragilise durablement les sous-bois et pollue l’atmosphère en accumulant matelas, déchets, et feux de camp non maîtrisés.
La forêt rassemble une large diversité de pratiques : promeneurs du dimanche, coureurs, cyclistes, mais aussi gestionnaires forestiers, chasseurs, chercheurs ou mycologues. Sur le massif boisé de Notre-Dame-de-Lorette, entre Lens et Arras, on compte parfois jusqu’à 1 500 visiteurs sur un week-end (source : Conseil Départemental du Pas-de-Calais).
La forêt est un formidable terrain d’éveil, à condition de fixer des règles simples et de privilégier le contact doux plutôt que l’appropriation. En France, 80% des enfants de moins de 10 ans passent moins de deux heures par semaine dehors (source : Fondation pour la Nature et l’Homme).
Adopter de bonnes pratiques lors des balades en forêt, c’est allier sa soif de découverte à la sauvegarde active de la biodiversité. Marcher différemment, prendre le temps d’observer, de comprendre l’histoire de chaque arbre centenaire ou buisson épineux, c’est aussi fabriquer d’autres souvenirs : ceux du respect et de l’émerveillement partagés. La forêt, territoire commun, dépend de notre attitude à tous. Chaque geste compte, du plus discret au plus délibéré : ceux-là même forgent l’avenir des forêts, d’Hénin-Carvin à toute la France.