Explorer la diversité des arbres qui façonnent nos forêts d’Hénin-Carvin

02/12/2025

Des forêts façonnées par l’histoire et la nature

L’unicité des forêts du Pas-de-Calais ne tient pas seulement à leur composition botanique mais aussi à leur genèse. Beaucoup de peuplements forestiers de la plaine de Lens et du bassin minier ont vu leur visage évoluer suite aux activités humaines : défrichements médiévaux, reboisements industriels, friches minières re-naturées.

  • 85 % des bois et forêts locales sont issus de plantations et repousses spontanées (Conseil départemental du Nord).
  • Sur les environ 11 200 ha de forêts du Pas-de-Calais, les peuplements mélangés et les massifs secondaires dominent sur les vestiges forestiers primaires (Inventaire forestier IGN)

Ce contexte explique la mosaïque d’arbres que l’on retrouve, entre nobles essences des futaies parsemées, pionniers des friches et espèces adaptées aux sols parfois perturbés par le charbonnage.

Les géants historiques : Chênes et Hêtres, piliers du paysage forestier

Au sommet de la hiérarchie naturelle des boisements de la région, deux privilégiés : le chêne pédonculé (Quercus robur) et le hêtre commun (Fagus sylvatica). Ces espèces, essentielles à la faune et à la flore, participent aussi à la culture locale.

Le Chêne pédonculé : mémoire vivante de nos forêts

  • Il peut vivre plus de 500 ans et mesurer jusqu’à 40 mètres de haut.
  • Ses glands nourrissent geais, écureuils, sangliers et autres petits mammifères.
  • De par sa robustesse, le chêne est souvent choisi pour les reboisements post-miniers. On en trouve notamment dans la forêt domaniale de Phalempin, poumon vert du Sud-Lensois.

Le chêne a longtemps fourni bois de charpente pour les mines, pieux de soutènement, et abri aux traditions rurales. Il est aussi hôte d’une incroyable biodiversité : plus de 500 espèces d’insectes et 300 de champignons lui sont associées (source : ONF).

Le Hêtre commun : l’élégance des sous-bois lumineux

  • Amaigri chez nous par la sécheresse passée, il n’en reste pas moins fréquent dans les bouquets forestiers.
  • Il supporte mal les sécheresses mais drageonne efficacement, formant des taillis lumineux et des sous-bois clairs.
  • Le hêtre laisse peu de place à la concurrence sous son feuillage, limitant la croissance d’autres espèces au sol.

Hêtre et chêne alternent le long de certains sentiers du parc de la Bouvaque ou de la forêt d’Olhain, jouant une partition équilibrée dans la canopée.

Les pionniers des friches : Bouleaux, Saules et Peupliers

Les forêts secondaires, nées de la reforestation sur d’anciens sites industriels ou le long des friches minières (comme à Hénin-Beaumont, sur les terrils Sud), accueillent une cohorte d’espèces reconnaissables à leur croissance rapide et leur allure gracieuse.

  • Bouleau verruqueux (Betula pendula) : On reconnaît sa sève montante à la fin de l’hiver et son écorce blanche, recouverte de petites verrues. Il colonise aisément les sols pauvres et sableux. Son feuillage léger offre une lumière tachetée, propice à la croissance des mousses et lichens.
  • Saule blanc (Salix alba), saule marsault (Salix caprea) : Amis des zones humides, des berges de la Deûle, ils fixent les berges et ralentissent l’érosion. Leur bois flexible a servi historiquement à la vannerie locale. Les chatons de saule sont la première ressource de pollen pour de nombreux insectes pollinisateurs au début du printemps.
  • Peupliers (Populus spp.) : De croissance très rapide (jusqu’à 1,5 mètre par an), ils ont été plantés sur d’innombrables terrains remaniés. Les peupliers noirs sont parfois des reliques des anciennes « ripisylves » ligériennes.

Ces arbres pionniers, parfois considérés comme banals, jouent pourtant un rôle de précurseurs : ils préparent le terrain à d’autres espèces et offrent refuge à la petite faune dès les premiers stades de succession écologique.

Les conifères : boisements mosaïques et paysages recomposés

Si le Nord et le Pas-de-Calais sont réputés pour leurs feuillus, le pin sylvestre (Pinus sylvestris) et le mélèze d’Europe (Larix decidua) ponctuent de leurs silhouettes élancées certains massifs replantés, notamment dans le secteur d’Olhain et des terrils boisés.

  • Pin sylvestre : Il supporte les sols acides et les conditions ingrates. Il sert de réservoir de graines à la mésange huppée et accueille les processionnaires du pin, aux chenilles urticantes (une problématique à suivre sur les jeunes peuplements).
  • Mélèze : Seul conifère d’Europe à perdre ses aiguilles en hiver, il offre une teinte dorée à l’automne remarquable sur fond de bouleaux.

Conifères et feuillus forment souvent des mosaïques sur les terrils, ce qui enrichit la diversité structurelle des habitats.

Arbres remarquables et usages locaux : une identité vivace

Parmi les spécimens les plus remarquables de la région, certains arbres conservent une notoriété ou une utilité ancienne :

  • Tilleul à petites feuilles (Tilia cordata) : Souvent planté sur les places de village ou à proximité des écoles, il symbolise la sociabilité et fournit nectar à de nombreux pollinisateurs en juin-juillet.
  • Frêne élevé (Fraxinus excelsior) : Commun dans les allées et bords de champs, il souffre lourdement de la chalarose (maladie fongique), ce qui menace la pérennité des vieux frênes dans la région.
  • Érable sycomore (Acer pseudoplatanus) et érable champêtre (Acer campestre): Présents en lisières, ils offrent un bois apprécié pour la sculpture et servent aussi d’abri pour de nombreuses espèces d’oiseaux cavernicoles.

De nombreux arbres ont offert autrefois une ressource ou un service précieux : le noisetier pour ses coudriers dans la vannerie, le charme pour ses bûches denses ou l’aulne pour ses racines fixatrices sur terrains humides.

Le territoire, entre raretés et idées reçues

Certains pensent que les forêts anthropisées de notre territoire n’abritent que des arbres « ordinaires ». Pourtant, on y rencontre parfois des raretés végétales :

  • Le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia) : Plus fréquent sur des terrains acides ou bien exposés (certains terrils en abritent).
  • L’alisier torminal (Sorbus torminalis) : Espèce protégée, rare, typique des boisements lumineux sur sol calcaire.

Quant à la légendaire absence du houx dans notre région, il faut la nuancer : bien que moins fréquent qu’en forêt montagnarde, le houx épineux (Ilex aquifolium) subsiste ici et là en sous-étage, surtout dans les vestiges de hêtraies fraîches.

Les arbres et le climat : adaptation en marche

Changements climatiques, sols perturbés, maladies : les arbres de nos forêts témoignent d’une adaptation permanente. On observe :

  • Une avance de 10 à 15 jours des dates de débourrement des feuilles par rapport aux années 1980 (Météo France).
  • Des pertes de pieds de frêne et d’aulnes à cause des pathogènes importés.
  • L’arrivée timide de nouvelles espèces méridionales, comme le charme houblon (Ostrya carpinifolia) ou le chêne pubescent dans les parcs urbains.

Les gestionnaires forestiers adaptent les plantations et la gestion pour renforcer la résilience, en privilégiant la mixité d’espèces et la diversité des âges, afin de garantir une forêt robuste pour les générations futures.

Observer, reconnaître, transmettre : les outils pour mieux aimer nos arbres

  • Aller sur le terrain : Les balades d’identification organisées par le Conservatoire d’Espaces Naturels ou les Maisons de la Nature permettent de s’initier à la reconnaissance de la flore ligneuse.
  • Utiliser des outils numériques : Applications comme PlantNet ou Clé de détermination de l’ONF pour apprendre à nommer chênes, frênes, saules, aulnes.
  • Participer aux programmes de science participative : L’Inventaire forestier IGN invite régulièrement les citoyens à recenser les arbres remarquables ou en danger dans leur commune.

La passion et la curiosité sont les meilleurs alliés pour découvrir la richesse inattendue de nos forêts locales. Derrière chaque tronc, chaque feuille, se cache une histoire de résilience, d’usages et de biodiversité, qu’il appartient à chacun de faire vivre et transmettre.

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