Terrils du bassin minier : entre accueil du public, pédagogie et renaissance territoriale

02/04/2026

Des géants noirs devenus symboles d’innovation et de découverte

Impossible aujourd’hui de traverser le bassin minier du Pas-de-Calais sans apercevoir la silhouette familière d’un terril. Jadis stigmates de l'industrie charbonnière, ces montagnes issues des extractions minières sont désormais à la croisée des regards : patrimoniaux, écologiques, pédagogiques et touristiques. Depuis leur inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012, ils connaissent une nouvelle jeunesse. Mais derrière l’image, s’articule une pluralité de projets touristiques et pédagogiques, portés par des institutions, des associations ou de simples citoyens amoureux de leur territoire.

Un territoire porteur de dynamique : panorama des initiatives majeures

Les « grands sites » du bassin minier

  • Le parcours du Louvre-Lens et ses terrils voisins :
    • Autour du Louvre-Lens, le terril 74 dit "terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle" attire plus de 100 000 visiteurs chaque année (source : Office de tourisme Lens-Liévin). Il propose plusieurs circuits balisés (2 à 6 km) avec panneaux explicatifs sur la géologie, la flore unique installée sur les cendres du charbon, et l’histoire ouvrière. De nombreux événements y sont organisés, notamment la randonnée annuelle “Ascension des Terrils”, ainsi que des ateliers d’observation ornithologique et botanique guidés par la LPO ou Eden 62.
    • La base du 11/19, pôle d’excellence environnementale, abrite la Maison du parc et accueille régulièrement des scolaires pour des visites sur la reconquête des friches et la biodiversité spécifique des terrils.
  • Le site du 9-9bis à Oignies :
    • Haut lieu de la mémoire minière, il s’anime chaque semaine d’ateliers, concerts, visites guidées (plus de 4500 scolaires accueillis chaque an, source: CMCAS Pas-de-Calais), circuits de découverte sur l’histoire du carreau, mais aussi balades naturalistes et ateliers Land Art sur les flancs du terril.
  • L’épopée des terrils de la Chaîne des Parcs (de Nœux-les-Mines à Avion) :
    • Plusieurs itinéraires de randonnée et circuits VTT valorisent cette continuité écologique et humaine. Des festivals nature, rallyes pédestres, concours photos et campings de « Nuit des étoiles » y sont organisés chaque été, sous la houlette d’Eden 62 et de la Communauté d’agglomération.

Le terril, laboratoire d’expériences pédagogiques

  • Animations scolaires et classes nature :
    • EDEN 62 (le syndicat mixte d’aménagement des espaces naturels) propose aux écoles et aux collèges des animations sur “la reconquête de la biodiversité”, “les amphibiens et reptiles des terrils” ou “la flore pionnière”. Près de 2000 enfants du primaire et du secondaire sont accompagnés chaque année pour observer le peuplement progressif des buttes noires par des espèces surprenantes, dont plus de 200 espèces végétales recensées par le conservatoire botanique de Bailleul (source : Eden 62, 2023).
    • Les ateliers artistiques sont également ancrés dans la dynamique pédagogique des terrils, avec des intervenants régionaux (plasticiens, conteurs, photographes). L’objectif : sensibiliser, éveiller le regard sur l’étrangeté familière de ces milieux, raconter autrement notre histoire industrielle et naturelle.
  • Sentiers d’interprétation :
    • Le site du terril de Pinchonvalles à Avion propose un sentier “Lecture de Paysage”, jalonné de stations ludiques : carte en relief, bornes sonores (mémoires d’anciens mineurs), stations d’observation équipées de jumelles, panneaux sur la faune (lézard des murailles, tarier pâtre, etc.) ou sur la reproduction in situ de papillons menacés.
    • Le Parc des bergers sur le terril Sainte-Henriette à Hénin-Beaumont propose aussi des parcours adaptés pour les malvoyants, avec audioguides et panneaux en braille, un exemple régional d’inclusion dans la visite des espaces naturels.
  • Fresques murales et parcours artistiques :
    • Initiées notamment par la Compagnie des terrils ou “Mare Nostrum”, ces fresques cheminent sur les sentiers et murs d’anciennes installations minières : accompagnement d’un parcours, expositions temporaires, œuvres collectives réalisées avec des collégiens – comme celle de l’école Jean Macé à Harnes, réalisée en partenariat avec l’artiste Romuald Mulk Muszyk.

Tourisme de randonnée et d’expériences insolites

L’art de la randonnée : entre challenge et contemplation

  • Randos patrimoine et nature :
    • Plus de 70 km de sentiers balisés dédiés à la découverte des terrils, de la Chaîne des Terrils à ceux de la Gohelle orientale. Des circuits thématiques ponctuent ces parcours (faune, flore, géologie, histoire minière), mêlant panneaux historiques et points de vue sur les cités minières alentour.
    • Des associations comme Loos N’Bike ou Rando Mines organisent décembre et mai des “ascensions sportives” et des randonnées familiales. Les parcours sont cartographiés et maintenus par des bénévoles passionnés en partenariat avec les collectivités locales.
    • La randonnée de la Sainte-Barbe rassemble chaque 4 décembre – fête des mineurs – entre 600 et 1500 marcheurs sur le site du 11/19 et ses terrils, ponctuée d’animations musicales et de dégustations de produits du terroir (source : Office de tourisme Lens-Liévin).
  • Expériences insolites :
    • Trail des terrils : Devenu mythique, il propose deux parcours 15 et 30 km, traversant jusqu’à cinq terrils. En 2023, il a accueilli 1800 participants venus de toute la France (source : Trail des Terrils, association organisatrice).
    • Descente en trottinette électrique et VTT balisés sur le terril de Nœux-les-Mines, site de la “Base Loisinord”, permettent une découverte ludique et sportive, incluant parfois nocturnes et descentes aux flambeaux.
  • Initiatives citoyennes et festivals :
    • Des groupes de riverains proposent des balades thématiques, “Terrils et champignons”, “Terrils au printemps”, valorisant leur expérience et mémoire vivante.
    • Le festival “Les Nuits sur les Terrils”, à Lewarde, mêle théâtre, contes, astronomie et bivouacs, créant un espace de transmission entre générations.

Centres d’interprétation et musées à ciel ouvert : créer du sens

  • Centre Historique Minier de Lewarde :
    • S’impose comme la locomotive pédagogique à l’échelle du bassin minier, invitant chaque année plus de 150 000 visiteurs à explorer la réalité quotidienne des mineurs (source : CHM Lewarde).
    • Des ateliers sont proposés toute l’année autour du charbon, de la vie sociale et des paysages transformés : “Naissance des terrils”, “Biodiversité des friches”, “L’après-mine”... Plus de 5000 scolaires y sont accueillis chaque année dans ce laboratoire vivant du patrimoine.
  • Maison du Terril (Rouvroy) :
    • Véritable centre de ressources, la Maison du Terril accueille des expositions sur les espèces remarquables, une frise illustrant l’évolution du paysage ou des projections de documentaires locaux.
    • Des projets de sciences participatives invitent la population à recenser la flore et la faune, en lien avec le réseau Vigie-Nature et le Muséum national d’Histoire naturelle (source : MNHN).
  • Musée vivant du terril de Montigny-en-Gohelle :
    • Géré par une association d’anciens mineurs, ce musée propose des visites guidées sur l’emprise du site, histoires orales et échantillons de minerais, à destination du grand public et des écoles.

Des terrils comme outils d’éducation à la transition écologique

Au fil des années, les projets pédagogiques sur les terrils ont évolué pour répondre aux grands enjeux de nature en ville, de résilience face au réchauffement climatique, d’accueil de la biodiversité en milieu fortement anthropisé, et d’exploration de nouveaux usages du sol.

  • Trames vertes et corridors écologiques :
    • Le programme “Trames Vertes et Bleues” (piloté par la Région Hauts-de-France) fait du réseau des terrils un corridor écologique essentiel, permettant le déplacement d’espèces protégées comme la coronelle lisse et l’alouette lulu. La cartographie en cours permet d’orienter les visites sur la gestion de l’espace, l’observation des espèces pionnières, ou l’impact de l’urbanisation.
  • Expérimentation et sciences citoyennes :
    • De nombreux projets d’inventaire participatif (flore, oiseaux, insectes) sont proposés, permettant à chaque habitant de contribuer à la connaissance locale, via des applications comme INPN Espèces (source : Muséum national d’Histoire naturelle).
    • Des expériences d’éco-pâturage (moutons, chèvres) sont menées sur le terril de Harnes et Loos-en-Gohelle, pour entretenir la biodiversité et favoriser l’émergence d’espèces rares comme les orchis pyramidaux.
  • Formation des acteurs locaux :
    • L’Agence régionale pour la biodiversité Hauts-de-France accompagne collectivités et associations pour la formation aux enjeux de gestion et de valorisation des terrils, proposant visites de terrain, journées d’échange et publication de guides pratiques.

Terrils : lieux de rencontre et de transmission pour les décennies à venir

Les projets touristiques et pédagogiques qui foisonnent aujourd’hui sur les terrils du bassin minier manifestent la capacité d’un territoire à se réinventer à partir de son histoire. Le dialogue construit avec les habitants, la valorisation de la mémoire collective, la découverte de la biodiversité cachée et l’ouverture à des formes inattendues de tourisme et d’éducation forment un ensemble vivant. Ce patrimoine commun, en constante transformation, est une source d’émerveillement et de compréhension partagée, pour les écoles, les familles, mais aussi pour tous ceux qui souhaitent écrire la suite d’une histoire de reconversion écologique.

Pour aller plus loin : Patrimoine mondial du Bassin minier, Eden 62, Centre Historique Minier Lewarde

En savoir plus à ce sujet :